Théâtre
Afropéennes, l’identité blessée d’Eva Doumbia

Afropéennes, l’identité blessée d’Eva Doumbia

30 septembre 2012 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Dans Afropéennes, sa nouvelle création présentée au Festival Les Francophonies en Limousin, Eva Doumbia tente une satire inspirée de Sex in the City. Regards posés sur les paroles des femmes françaises d’origine africaine. On aurait aimé adorer.


Cela commence très fort, dans une esthétique froide à la Claude Régy, une comédienne (Jocelyne Monier) parle dans la pénombre. Elle apparaît, le corps flottant dans l’ambiance bleue. Elle a un corps engagé à la posture rigide. Elle dit la difficulté de porter une peau noire dans une langue magnifiquement poétique : « la couleur avait fini de recouvrir son âme ». S’ensuit une Marseillaise revisitée, pleine de «soul». Le décor se découvre, c’est un bar où viennent se retrouver une bande de copines, parmi elles on reconnait l’incroyable Nantéré Traoré qui nous avait scotchés, déesse SM, à Avignon en 2011 dans Terre/Cri/Effarement. Un duo contrebasse et chant donne une ambiance jazzy. Gagny Sissoko cuisine pour les personnages et le public. Parfait ? Pas vraiment. Les discussions portent sur le racisme, la misogynie et les pertes identitaires sur un ton très léger. Pourquoi les hommes noirs n’aiment que les blanches, pourquoi les filles noires veulent un mec blanc ? Pourquoi les blanches s’enferment-elles dans le diktat de la minceur qualifié ici de « nikab » ?

Le jeu extrêmement scolaire comme récité lasse très rapidement. La violence se met en place ensuite quand aucune distance n’est donnée face aux propos racistes balancés, les rendant réels. Le spectacle avance en faisant fi de tout contexte historique.

SOS Racisme a 28 ans, Barack Obama est président des Etats-Unis, Christiane Taubira ministre de la justice. Les Black Panthers ont lutté. L’apartheid a été supprimé en Afrique du Sud. Cela ne justifie rien, cela ne fait pas taire la montée du Front National, le racisme, les délits de faciès, les discriminations à l’embauche et à l’entrée des boites de nuit encore récemment dénoncées de façon européenne par l’EGAM. Mais tout cela, Eva Doumbia l’efface donnant une image arrêtée de « l’homme noir », père absent, et de la « mère noire », monstre hystérique. Le stéréotype commence dès que le déterminant « les » est prononcé. Hier ils furent légions. Non, ni « les » noirs, ni « les femmes » ne constituent une catégorie. Cela, la metteuse en scène l’oublie, livrant des brèves de comptoir dans un décor de restaurant. En affrontant les clichés sur les femmes françaises d’origine africaine, Eva Doumbia impose d’autres stéréotypes tant sur le fond que sur la forme. A trop vouloir dénoncer elle rate sa cible, comme si la douleur trop forte ne pouvait pas sortir. Comme si les vraies questions n’étaient pas prêtes à être audibles.

Il y a encore du travail à faire.

Visuel (c) P. Fabre

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

8 thoughts on “Afropéennes, l’identité blessée d’Eva Doumbia”

Commentaire(s)

  • daniluv

    je kifff !!!! merci, je suis charger d’émotions, MERCI !

    octobre 6, 2012 at 13 h 53 min
  • daniluv

    A celles qui voudront bien revenir voir le cousin AMADOU ?
    – COMME UN PROVERBE AFRICAIN LE DIT: LA TORTUE N ‘A QU’UNE SEULE CARAPACE..
    salut!!
    Dany Danydablakus

    octobre 6, 2012 at 14 h 00 min
  • daniluv.

    A celles qui voudront bien revenir voir le cousin AMADOU ?
    – COMME UN PROVERBE AFRICAIN LE DIT: LA TORTUE N ‘A QU’UNE SEULE CARAPACE..
    salut!!
    Dany Danydablakus

    octobre 6, 2012 at 14 h 01 min
  • La part du Pauvre

    Ce n’est pas la metteure en scène qui a écrit ces textes, c’est une auteure, Léonora Miano. Ces textes sont édités sous le titre « Ecrits pour la Parole » aux Editions de l’Arche. Et pour cette oeuvre, Léonora a reçu un prix … qui récompense une oeuvre luttant contre le racisme:https://toutelaculture.com/2012/10/leonora-miano-recoit-le-prix-seligmann-2012-contre-le-racisme/
    Donc la journaliste ne serait elle pas passée à côté de quelque chose ?

    novembre 13, 2012 at 20 h 52 min
  • Amelie Blaustein Niddam

    Cher « La part du Pauvre », merci de m’avoir repris, j’ai effectivement oublié de citer le livre dont s’inspire la metteuse en scène. Merci d’avoir rappeler cela.
    Amitiés,
    Amélie

    novembre 13, 2012 at 22 h 25 min

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