Théâtre
Aux Bouffes du Nord, « Les naufragés » porte haut et fort un témoignage indispensable.

Aux Bouffes du Nord, « Les naufragés » porte haut et fort un témoignage indispensable.

16 septembre 2019 | PAR David Rofé-Sarfati

Emmanuel Meirieu a lu le roman Les naufragés, avec les clochards de Paris du psychanalyste Patrick Declerck et a inventé une scénographie splendide et envoûtante pour transmettre au mieux le témoignage précieux de cette expérience immersive au milieu des SDF. François Cottrelle y est magique dans l’interprétation du médecin tandis que Stéphane Balmino nous arrache des larmes.

Patrick Declerck a suivi pendant plus de quinze ans les clochards de Paris.  De cette expérience, il tire un livre Les Naufragés. Encore étudiant, il décide de se faire embarquer avec les clochards jusqu’au centre d’hébergement d’urgence de Nanterre. Incognito, en immersion complète, il se coule dans son personnage : Un vieux bonnet, un collier anti-puces pour chien autour du bras, un autre autour de la cheville, des poudres insecticides et anti-gale, je verse sur mes vêtements la moitié d’une bouteille de mauvais vin et j’attends le passage du bus de ramassage.

En 1986, il ouvrira la première consultation d’écoute destinée aux SDF et pratiquera la psychanalyse au Centre de Soins Hospitaliers de Nanterre. Relisant les travaux de Freud sur les traumatismes de guerre sans doute.

Le décor et la scénographie adhèrent au geste et nous voilà nous aussi immergés. Au fond du plateau, un bateau échoué sur une plage , depuis si longtemps qu’il est devenu épave. Devant nous un quai en bois abandonné et déchiré. Sous les lamelles de bois, le sable apparaît, mais ce n’est pas une plage. Ces naufragés sont la freinte de la course toutes voiles dehors de nos vies; ils sont les invisibles et les laissés pour compte de la marche du monde. 

Le médecin nous rejoint se plante devant nous dans son costume de SDF. Il s’anime, il veut nous donner à écouter son témoignage d’homme parti vivre avec les naufragés, les misérables. Il veut que le théâtre  accueille les histoires oubliées de ceux qui ne sont rien.  Cet univers de la rue qui nous est inconnue émerge lentement dans nos imaginaires. Nous les côtoyons tous les jours mais nos regards les ignorent, car ils sentent mauvais, vocifèrent et font peur. Nos regards se détournent de ces marginaux aux visages ravagés par la pauvreté et par l’alcoolo-tabagisme. Confisqué du  regard de leurs prochains ces hommes se noient dans l’exclusion. La voix du comédien nous emporte de ce coté là du monde. Le psychanalyste nous racontent tous les détails, lui qui un jour, submergé par l’horreur décida d’abandonner. Il avoue sans pudeur son inclination pour ces patients, en particulier pour Raymond qui s’était laissé mourir devant le centre d’accueil et dont le corps aura disparu. Il nous tient la chronique médicale de cette mort lente. Puis les minutes de son enquête sur cette mort sans  aucune raison sauf stupides, et sans dépouille sauf anonyme. Et viendra le spectre de Raymond griffer nos culpabilités et nos compassions dans le final admirablement interprété par Stéphane Balmino.

Emmanuel Meirieu  aura créé un moment rare. Il plante dans l’actuel une pièce belle, émouvante et édifiante, adroite à nous faire penser autrement. S’il réussit ce geste rare de théâtre c’est  étayé par le talent de François Cottrelle. 

 

 

 

D’après le roman Les naufragés, Avec les clochards de Paris de Patrick Declerck
Mise en scène Emmanuel Meirieu

Avec
François Cottrelle
Stéphane Balmino

Théâtre des Bouffes du Nord – 37 (bis), bd de La Chapelle, 75010 Paris

Durée : 55 mn

lien de réservation

 

Crédit Photos Pascal Chantier

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