Théâtre

« Aglaé » et « Agnès », deux avis sur les hommes, le sexe et l’amour

« Aglaé » et « Agnès », deux avis sur les hommes, le sexe et l’amour

17 décembre 2018 | PAR La Rédaction

Claude Degliame interprète Aglaé, une prostituée de 70 ans, qui raconte son parcours de vie et la situation des « putes » dans un monologue vif et franc. Quant à Agnès Hurstel, elle se raconte via un one woman show délirant et enlevé sur son rapport au cul, aux mecs et à son modèle familial. Deux approches totalement différentes des rapports sexuels et amoureux à voir au Théâtre du Rond Point.

Par Mélanie Tillement

Attention, « Aglaé » va commencer dans quelques instants : les spectateurs prennent place sur des tabourets dispersés dans la salle, ou sur des bancs accolés aux murs. Pas de délimitation nette entre la comédienne et son public, mais une proximité de rue, un contact direct de la bouche de l’actrice aux yeux et aux oreilles de son auditoire. Pour parfaire le décor, un mini-bar propose du whisky, et suspendus au plafond, des bâtons fluorescents se détachent particulièrement bien de leur fond noir.

D’ailleurs, « noir sur noir, c’est classe non ? » demande Aglaé entre deux tirades sur son passé ou son fils qu’elle n’aime pas (du moins, c’est ce qu’elle prétend), en se drapant dans un kimono couleur charbon. Car depuis son entrée en scène, seulement vêtue d’une nuisette sombre, de collants et de bottines de combat, elle n’hésite pas à prendre à partie les spectateurs présents. « Et mes lunettes, vous aimez ? », lance-t-elle en pointant du doigt sa monture opaque et kitsch d’où dépassent un flamand rose et un palmier en plastique. Voilà qui rappelle Marseille, la ville où elle vit désormais, et où elle continue d’exercer son métier de prostituée.
Aglaé insiste bien : depuis qu’elle a commencé à 12 ans, elle a tout fait, tout vu, tout vécu (le sado-masochisme, le racket des maquereaux, son idylle avec un prince arabe, le quartier de la Madeleine…). Rien ni personne ne l’a jamais forcé à exercer ce métier, c’est elle et elle seule qui a voulu, peut être parce que ça lui plaisait, ou bien parce que ça l’intriguait. Et elle est douée la-dedans, d’ailleurs sa « spécialité c’est les spécialités ! ».

Claude Degliame arpente dans ses boots le sol de la salle, touche une épaule, propose un verre de whisky à un spectateur qu’elle a « remarqué », grimpe sur une estrade ou se confie, assise au milieu du public sur un tabouret… Elle incarne avec une pêche incroyable le personnage de cette prostituée vieillissante dont la lutte principale est celle en faveur de la légalisation du métier de « pute », mais le discours en lui-même n’est pas particulièrement novateur.

C’est un peu le contraire de la performance d’Agnès Hurstel : une mise en scène tout ce qu’il y a de plus conventionnelle (un micro, des spectateurs sagement assis dans les gradins, un fond noir) mais un charisme et une énergie d’enfer ! Cette nana toute mince, sobrement vêtue d’un jean, de converses et d’un tee-shirt blanc, débite vanne sur vanne et n’a pas peur de lâcher des « bites » à tous bouts de champs. Alors certes, on n’évite pas la blague sur le cours de yoga à la mords-moi-le-noeud avec des « filles toutes lisses », mais comment ne pas succomber à la gouaille sans limite avec laquelle elle est dite ? Cette fille est complètement dingue, elle balance sa bouteille d’eau sur son public (osera-t-on dire que cette spontanéité est « rafraîchissante » ?) et épluche son rapport au sexe de ses 15 ans à aujourd’hui. Et croyez-le ou non, il y a beaucoup à dire… De son propre aveu, « sexe is the new pilate », alors quoi d’étonnant à ce qu’Agnès soit si portée sur le cul ? Son talent réside particulièrement dans le fait de parler aussi bien aux hommes qu’aux femmes, que ce soit lorsqu’elle parle de ses parents naturistes toujours à poil dans la maison -et pas seulement dans la salle de bain-, ou son premier crush, « Julien Moulas ». L’humoriste n’hésite pas à mettre l’ère post #MeToo et la difficulté d’être féministe sur le tapis, avec toutefois plus de subtilité que ne le laisse soupçonner son entrée en matière. Tout y passe, elle-même et les autres, son visage de connasse quand elle ne sourit pas et les start-uppeurs du dimanche qui chassent des « vaginous » le jeudi soir en afterworks. Son humour truculent lui permet aujourd’hui de remplir (à ras-bord) la salle Tardieu au Théâtre du Rond Point, demain de plus grandes salles ?

En somme, deux spectacles joués par deux femmes, l’une jeune et l’autre beaucoup moins, seules sur scène, dans deux registres opposés, mais liées par un « intérêt » précoce pour ce qui se trouve dans le pantalon des garçons. Deux spectacles pour deux humeurs : sérieuse ou joyeuse !

Agnès Hurstel avec ma bouche, jusqu’au 29 décembre / Aglaé, jusqu’au 30 décembre (au Théâtre du Rond Point)

Visuel : ©Giovanni Cittadini Cesi

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