Performance

Sphnicterography, l’âme à vif de Steven Cohen

Sphnicterography, l’âme à vif de Steven Cohen

21 septembre 2013 | PAR Amelie Blaustein Niddam

L’art de Steven Cohen est intrusif, il s’invite normalement là où on ne l’attend pas. Ici, pour Sphnicterography, la donne est différente. Présenté dans le cadre du Festival d’Automne, le spectacle ne comporte pas de happening mais vient éclairer un travail qui parfois peut être vu à tort comme de la pure provoc.

Le show a changé de statut depuis le 11 septembre dernier. Steven Cohen était venu place du Trocadero, là sans y être convié. Sous l’inscription du fronton :
« Tout homme crée sans le savoir
Comme il respire
Mais l’artiste se sent créer
Son acte engage tout son être
Sa peine bien aimée le fortifie »
il avait choisi de déambuler, le torse sanglé dans un haut de guêpière blanc, les pieds entravés par des chaussures à talons de 20 cm, le sexe enrubanné dont le gland supportait un fil devenu « laisse » pour Franck le coq. Cette performance lui a valu d’être violemment arrêté par la police.
La programmation du Festival d’Automne intervenait après, et elle est nécessairement teintée par cet acte policier. Steven Cohen choisit alors d’expliquer, en quatre parties.

C’est dans La Maison Rouge qui accueille en ce moment une exposition, My joburg , consacrée aux artistes sud-africains contemporains. Le performeur juif, gay, blanc, sud africain va venir hurler ses quatre identités traumatiques au travers de trois vidéos et une performance.
Lui est là, reproduisant le numéro de coq-regraphie. Le ballet est étonnant car loin d’être ridicule, il est beau. Steven Cohen est majestueux, immense, le corps ponctué de plumes. Le coq le mène par le bout du sexe, symbole efficace d’un État qui met à mal l’accueil de ses immigrés.

Depuis 2009, à chaque fois que nous assistons à une performance de Steven Cohen, elle a lieu dans un endroit désigné comme théâtre, avec une scène et un public en face ou autour. La spécificité de ce spectacle est que Steven Cohen nous fait  déambuler dans le musée, nous offrant la chance de l’approcher au plus près.
Les vidéos sont comme des clips venant réduire des performances qui chacune ont dépassé les trois heures. Il s’agit ici de comprendre l’acte, pas de le vivre.
Tirant une tête de bélier à la rétrospective Chagall il est le juif errant. Rampant pour aller voter lors des secondes élections libres, les pieds transformés en épées qui lui interdisent de se lever, il vient dire à quel point l’accession à la liberté fut douloureuse mais totalement acquise. Dans la meute des hommes et des chiens, il est la drag queen bête de foire.
La force de Steven Cohen est de toucher par le beau en ayant fait, à la façon d’une Marina Abramovic ou de Jan Fabre, de son corps une toile. En se grimant totalement dans une forme d’excès de l’excès, il vient dire que ceci est un acte construit.
Sphnicterography, nous emmène dans les interrogations d’un pays, et cela est tout à fait percutant.
Le 16 décembre, Steven Cohen sera jugé pour exhibition sexuelle, il demande à ce que le public vienne nombreux à ce qui est son premier procès.
« L’artiste fait des œuvres pour montrer, pas pour parler » nous confie-t-il, ce déplacement du spectacle au pénal aura placé le public du Festival d’Automne dans un accompagnement profond du performeur.
Didactique et touchant.
Visuel : (c) Vincent Pontet

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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