Performance

[Paris Quartier d’Été] « Leaving Room » de la Compagnie Yoann Bourgeois au Carreau du Temple

[Paris Quartier d’Été] « Leaving Room » de la Compagnie Yoann Bourgeois au Carreau du Temple

23 juillet 2015 | PAR Simon Théodore

À l’occasion du festival Paris Quartier d’Été, le Carreau du Temple devient un lieu où l’apesanteur n’est plus. Du 22 au 26 juillet, cet ancien marché couvert accueille le spectacle de la Compagnie Yoann Bourgeois, Leaving Room. Avec poésie et harmonie, ces artistes s’inspirent de l’art du cirque pour interroger la notion d’équilibre.


La nuit tombe sur la capitale. Le public s’installe dans cette immense salle où chaque recoin sera exploré par les trois interprètes. Certains sont assis sur des tapis, d’autres sur des transats et des gradins. Un balancier est placé sur le côté, une table et des chaises au milieu tandis qu’une harpe et d’étranges marches complètent la mise en scène. Le temps de s’installer, le public parle et instaure un bruit de fond englobant l’espace infini de la pièce. Tout à coup, un vacarme retentit. Le silence est là et les corps se meuvent lentement.

Le spectacle commence alors par quelques jongles rythmées par les battements d’un métronome. L’art n’est pas spectaculaire, peut être un peu long, mais il est bien exécuté. Le temps est ainsi au centre du questionnement de cette performance. Dans cette quête perpétuelle du point d’équilibre, Yoann Bourgeois est accompagné de Marie Fonte. Celle-ci s’attache délicatement à sa balance et commence à se mettre en mouvement. Les deux masses, situées à l’extrémité de l’objet, servent de contrepoids. Va t-elle se fixer? Va t-elle trouver ce fameux point d’équilibre ? L’instant se veut long et muet. Apparaissent alors des jeux d’ombres, la silhouette mouvante de la femme se dessine sur le mur. Le moment est beau mais ce silence crée le déséquilibre.

Dans cette expérience où le mouvant doit se figer en un point, la musique tient un rôle essentiel. À la harpe, Laure Brisa accompagne le spectateur dans ce voyage. Seule, elle enregistre différentes phrases musicales et les superpose. Finalement, ce sont plusieurs voix qui s’ajoutent, provoquant ainsi vertige et émotions. Même en musique, l’équilibre est mis à mal. Ces mélodies, à la fois douces et graves, emplissent les gestes de poésie et d’humilité. C’est à présent un être presque perdu qui évolue sur un trampoline. De nombreuses fois, il rebondit, s’appuie sur les marches pour ensuite s’élancer, encore et encore, dans le vide. Progressivement, il gravit les paliers, prend de la hauteur mais retombe inévitablement. Lorsqu’il parvint à s’assoir, il chute aussitôt. L’instant n’est plus celui de la recherche de ce point unique mais bien celui du portrait de l’individu.

Durant cette heure de spectacle, le spectaculaire laisse place à la beauté, à la poésie et à l’harmonie. Les différentes pièces mettent en scène la recherche d’un point, synonyme de stabilité. Seul, à deux ou accompagnés de la musicienne, ces personnes s’attachent à l’identifier. Mais quel est-il? Que signifie t-il? Alors que les douces notes de harpes s’évaporent dans l’immensité du Carreau du Temple, les deux comédiens le trouveront, au loin, dans la pénombre de la nuit.

Visuel : © Magali Bazi

Infos pratiques

La Nacelle
La Panacée
Enora Le Goff

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *