Performance
La rêverie numérique de -M- en concert inédit au YoYo

La rêverie numérique de -M- en concert inédit au YoYo

16 décembre 2015 | PAR Stéphane Blemus

Par trois concerts inédits successifs, le 13 décembre 2015, Matthieu Chedid a dévoilé en live sa nouvelle création, « B.O2 -M- ». Une expérience sur les traces du surréalisme au Palais de Tokyo entre évasion musicale et poésie graphique, à l’image du talent polymorphe de l’artiste.

Le projet « B.O2 -M- » est issu d’un songe initiatique. Le rêve, une nuit de 1997, d’un jeune homme qui deviendra l’un des meilleurs musiciens français de sa génération. Un rêve d’une seconde, durant laquelle Mathieu Chedid imagina l’univers du personnage -M-. Esquissée dans un album instrumental « Labo M » en 2003, la métamorphose de ce rêve en œuvre artistique prendra pleinement forme dix-huit ans plus tard.

Pour mettre en musique son escapade nocturne, -M- est rejoint dès janvier 2014 par deux complices de grand talent, le bassiste Brad Thomas Ackley et le batteur Lawrence Clais. Sur le modèle de l’écriture automatique, entre règles du jeu auto-imposées et lâcher-prise, les artistes s’enferment en studio à Bruxelles et enregistrent 4 heures de son (pour conserver, au final, une demi-heure de musique sur le cd).

Pour la mise en image de sa rêverie, -M- a choisi Matthias Picard. Contacté par Matthieu Chedid en mai 2015, l’auteur de bande dessinée, rendu célèbre par son album « Jim Curious » (2012), s’est vite pris au jeu, superposant son univers graphique au rêve du musicien. Un cd-album-concept, « B.O2 -M- », naît de cette collaboration, disponible dans les bacs depuis le 14 novembre dernier.

L’écriture musicale automatique de -M-

Avec cet album-concept, -M- souhaite, sans nul doute, façonner une œuvre qui s’impose sur le temps long, par delà les effets de mode. Son « Melody Nelson » à lui. Comme son aîné, il attire à ses côtés ses monstres sacrés. À l’inspiration d’un Nabokov si cher au russophile Gainsbourg, répondent les Breton et Carroll invoqués par Chedid. Le clin d’œil fait par -M- à André Breton en dit long sur l’entreprise souhaitée par l’artiste. En se mettant dans les pas des surréalistes, Chedid a souhaité appliquer à la musique la liberté et la méthode propres à l’écriture automatique.

Cette influence est présente dans tout l’album comme durant le concert du 13 décembre : fusion du rêve et de la réalité, utilisation de fragments de phrases, imagerie surréaliste… Non sans raison, l’un des chapitres du film diffusé lors de la série des trois spectacles se nomme d’ailleurs « cadavre exquis », du nom du célèbre jeu surréaliste. Par cet exercice collectif, les surréalistes se réunissaient et écrivaient des fragments de phrases dans l’ignorance du travail des autres et les assemblaient ensemble pour former des phrases. Conservant son but originel – la création fondée sur le hasard et le jeu -, -M- a fait jouer chaque musicien avec un casque anti-bruit pour laisser chacun improviser sans être influencé par le jeu des autres artistes du studio.

YoYo couleur fluo et onirisme ginger à volonté au Palais de Tokyo

Pour ce nouvel album de -M-, aucun clip vidéo ni tournée n’était prévu. Autant dire que le live expérimental organisé le 13 décembre avait la saveur de l’exclusivité. Matthieu Chedid avait décidé de dévoiler « B.O2 -M- » en live lors d’une journée en trois actes, trois concerts successifs (15h, 18h et 21h). En un lieu choisi comme une évidence : le YoYo, la salle de concert du Palais de Tokyo, temple parisien de l’art contemporain. Pour l’occasion, les couloirs avaient revêtu les oripeaux psychédéliques du dessinateur Matthias Picard : tableaux, installations de pieuvres tentaculaires en papier au plafond, sonorisations futuristes…

Dans les travées du Palais de Tokyo, -M- convie le spectateur à une expérience unique. Un concert participatif d’improvisation. Des cartes en forme de disque sont distribuées dès l’entrée. Chacun est invité à y inscrire un nom, une note, un tempo, un titre de chanson et une durée. Puis à déposer sa carte dans l’urne. Durant le concert, le scrutateur d’un soir -M- tire au hasard des cartes. Chaque carte tirée fixe, le temps d’une chanson, les règles du jeu des musiciens. Pendant sa performance, -M- convoque également le public sur scène, faisant de quelques heureux élus de temporaires chef d’orchestre, chanteur et danseur.

Que dire de cette fusion de notes, de dessins et de lumières ? Mémorable. La symbiose remarquable, la douce harmonie de deux rêves réunis en une même scène. -M- se démarque une fois de plus par sa poésie et son inventivité. Son onde sensuelle plonge dans la perte de contrôle et l’expérimental électrique. Quant au spectacle visuel, Matthias Picard crée depuis sa palette un imaginaire graphique gravitationnel et moléculaire. Des lignes, des points, des clics. La souris pointe l’écran et crée un art numérique aux couleurs fluo scintillantes, un langage à la Paul Klee fait de rondeurs et de pointillés.

Sur l’écran, Matthias Picard trace l’horizon infini face au personnage -M-. L’ombre du musicien s’avance vers le point de fuite, pour un voyage vers l’éternité et l’intemporalité. De cette collaboration, Matthias Picard place l’interstellaire -M- en orbite.

Informations pratiques :
La B.O² -M- Expérience
1 jour, 3 concerts expériences live (15h, 18h et 21h) le 13 Décembre 2015 avec -M-
Adresse : YOYO – Palais de Tokyo (20, Avenue de New-York 75016 PARIS)
Au programme de chaque séance :
1 heure :
– Exploration autour de la B.O² -M- sur une création sonore de Pierre Boscheron
– Exposition des œuvres originales de Matthias Picard
– Dépôt de votre « OR-EN-JEU » dans l’urne
30 minutes :
– Projection du film de Jérôme Guiot « À l’origine » sur la genèse de la B.O² -M-
1 heure :
– Concert Expérimental des Chedakles (M.Chedid, B.Thomas Ackley, L.Clais). Sampler Pierre Boscheron et Charly de Schutter au son et Moog
– Illustration live de Matthias Picard

A lire et écouter :
Le livre-album « La B.O² -M- », Éditions 2024, 96 pages.

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Stéphane Blemus

2 thoughts on “La rêverie numérique de -M- en concert inédit au YoYo”

Commentaire(s)

  • Katia

    genialissime

    décembre 16, 2015 at 17 h 20 min
  • Katia

    Article Electrique !j’adore le style

    décembre 18, 2015 at 1 h 46 min

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