Performance

Au Kunstenfestivaldesarts, Forensic Oceanography nous plonge dans les meurtres de masse des migrants

Au Kunstenfestivaldesarts, Forensic Oceanography nous plonge dans les meurtres de masse des migrants

28 mai 2019 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Glacée, glaçante, cette installation immersive de Forensic Oceanography vous oblige à voir et à savoir. Eux, historiens du temps présent, nous rendent nous, témoins pour transmission des massacres que le monde opère en mer depuis 2011.

Le Kunstenfestivaldesarts n’a pas l’habitude de faire dans la douceur. En inscrivant au programme cette « exposition » très particulière, le geste est plus militant qu’artistique.   

Nous rentrons plutôt dans une salle d’archives.  Au centre, deux grands écrans, l’un présente The crime of rescue, l’autre Mare Clausum. Deux écrans plus petits diffusent Death by Rescue et Liquid Traces. Dans l’entrée du très froid Nine One, où des couvertures sont remises aux spectateurs,  une frise rappelle qu’entre 2011 et 2018, 17 878 humains sont morts en mer. En face de cette chronologie macabre on peut regarder des témoignages de survivants.

Alors on a beau savoir que l’Europe est responsable, en avoir la preuve est une autre histoire qui nous pose la question de notre responsabilité face à ce qui ressemble à un génocide. On sait. Et comme toujours, on se tait. Les vidéos sont un mélange de graphiques, de dessins, de vidéos tournées par des ONG et des témoignages. 

L’ensemble s’axe sur le basculement qui a vu l’Europe arrêter le programme de sauvetage Mare Nostrum pour instituer celui du contrôle des frontières, Triton. Ici, personne n’est responsable et quand les sauvetages sont privés, les états n’ont pas à repêcher les centaines de cadavres…

Il y a cette citation de Junker, qui nous glace encore plus les os, en avril 2015 : « c’était une erreur grave d’arrêter Mare Nostrum (…) mais pas une  « erreur très grave », ce sont des « morts par omission »…

On peut bien sûr regarder les « œuvres » dans le sens que l’on veut, elles font toutes sens ensemble. Le pire, peut-être , est de saisir que les ONG de sauvetage sont illégales, que sauver tout court est illégal au point que les pécheurs des côtes italiennes préfèrent regarder les bébés couler plutôt que de tendre leurs mains.

La performance montre bien comment les discours officiels criminalisent les victimes.  A aucun moment le ton est larmoyant.  Forensic Oceanography est un projet de Lorenzo Pezzani et Charles Heller et fait partie de Forensic Architecture agency (dirigé par Eyal Weizman) à Goldsmiths (Université de Londres). L’analyse est clairement universitaire et  scientifique, elle croise les paroles des témoins et les sources institutionnelles. Et c’est là que cette installation, comme une salle de contrôle nous ordonne à la vigilance et à l’action.

Visuel : © Forensic Oceanography

 

Jusqu’au 6 juin au de 12:00 – 19:00 au Nine One, 91 rue de la Loi, Bruxelles.

 

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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