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Accidens + Flame : les accès de violence de Rodrigo Garcia

Accidens + Flame : les accès de violence de Rodrigo Garcia

15 avril 2015 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Étrange Cargo. Le festival n’a jamais aussi bien porté son nom qu’hier soir lors de la double performance de Rodrigo Garcia : Accidens + Flame.

[rating=5]

Garcia, c’est l’homme traqué par Civitas et Brigitte Bardot. Son nom est synonyme de provocations et c’est aussi cela que l’on vient chercher chez ce metteur en scène né à Buenos Aires en 1964. Il vit en Espagne depuis 1986, où il a fondé sa compagnie, La Carnicería Teatro. Depuis janvier 2014 il est à la tête du HtH (Humain Trop Humain), le Centre Dramatique National de Montpellier.

En interview il nous confiait
: « un artiste ne décide pas de lui-même de faire une œuvre radicale, engagée. Il fait ce qu’il pense devoir faire. C’est-à-dire s’exprimer, sans anticiper les réactions des spectateurs. « 

Cela nous semble assez douteux avouons-le. Le travail de Garcia s’articule autour de la dénonciation de la surconsommation. Très bien. Pour Golgotà Picnic , il avait recouvert le plateau de buns. Ici, pour Accidens il fera cuisiner un homard Bleu de A à Z. Mais avant, il nous brûle nous spectateur. Flame nous met face aux images d’Eraserhead de David Lynch sous une bande son électro. Il y une pelouse, une batterie planquée sous l’écran et un fauteuil Knoll. Cet espace hybride sera bientôt envahi de violence et de sensualité. Les films d’horreur s’enchaîneront, la batterie se fera présente et à la voix David Pino offrira une litanie de Flamenco mixée en live par Serge Monségu. L’ensemble est très enivrant, très entêtant, à la frontière de l’insupportable. La transition semble être totale et parfaite pour Accidens où l’on verra, lors d’une séance de torture semblant être tirée des geôles de Pinochet un homard être tué en vue d’être cuisiné puis mangé par Juan Loriente, comédien glacial autant que génial, parfait en sadique.

Que dit Accidens ? De très belles choses. Que l’homme tue et qu’il ne faudrait pas l’oublier. L’homme tue plusieurs fois par jour, lorsqu’il déjeune et dîne. Mais l’homme a oublié car, comme il délègue la torture, il délègue aussi les actes de chasseur. Mais dans les faits ? Les spectateurs sont installés par terre, plutôt agglutinés, volontairement soumis à la douleur. Ils vont regarder et entendre ce bel homard bleu tout à fait appétissant arrêter de vivre. Garcia dénonce l’hypocrisie qui voit ces animaux barboter dans des beaux aquariums et passer directement en petits morceaux dans votre assiette. Le meurtre est caché. Toujours.

On est dans de la performance pure, enfin on le croyait jusqu’à ce qu’une spectatrice se lève et cherche à décrocher l’animal. S’en suit alors une scène que l’on pense inscrite dans le spectacle où Garcia hurle, l’insulte et la bouscule. Il craque, lui demande de quitter la salle, lui dit que tant qu’elle n’aura pas quitté la salle, le spectacle ne recommencera pas. Là encore, on pense que cela est écrit. Le public réagit et prend doucement position. Il y a ceux qui sont contre elle et ceux qui sont pour elle. Là, on comprend que ça ne joue pas. A raison elle restera. Mais la performance qui a repris depuis le début a pris un nouveau tournant. La sensation est celle d’une arnaque, d’une fausse abolition du quatrième mur. Alors que la proposition est par définition violente, le public n’aurait pas le droit d’intervenir. Aucun happening s’il vous plait donc. Le message est clair et le débordement du metteur en scène fut là l’acte le plus agressif du spectacle. Ce qui s’est passé la était une déclaration de guerre dans un spectacle qui depuis longtemps avait quitté la chaîne alimentaire pour nous parler de meurtre.

En réalité, Accidens par ce qu’il montre et provoque est la performance la plus radicale qu’il nous ait été donnée de voir depuis longtemps.

Visuel : © Accidens 

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

One thought on “Accidens + Flame : les accès de violence de Rodrigo Garcia”

Commentaire(s)

  • Sonia

    en effet, c’est une performance très radicale qui était proposée hier soir, à la hauteur des autres propositions de García.

    avril 15, 2015 at 12 h 29 min

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