Performance

« A mon seul désir », le cours d’histoire de l’art revisité de Gaëlle Bourges

« A mon seul désir », le cours d’histoire de l’art revisité de Gaëlle Bourges

03 décembre 2014 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Le Festival Les Inaccoutumés continue sur sa lancée mais quitte son aspect rétrospective. Après Jérôme Bel et Philippe Quesne, c’est au tour de la chorégraphe Gaëlle Bourges de présenter son travail, un bestiaire aussi fascinant que drôle. Oui, on peut rire de La Dame à la Licorne, et cela, ce n’était pas acquis !


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Le travail de Gaëlle Bourges est de tisser des liens entre l’histoire de l’art et le spectacle vivant. Elle apporte ainsi une définition très juste de ce qu’est la performance, cet art entre musée et vivant. Cette fois ci, elle va reconstituer devant nous A mon seul désir,  la sixième tenture de La dame à la Licorne, cette tapisserie célébrissime, que tous les ex-enfants connaissent pour l’avoir croisée en couverture de leur Lagarde et Michard et que tous les amoureux de l’histoire médiévale contemplent quand ils le peuvent au Musée de Cluny.
Cette tapisserie est pleine de mystère. Elle a possiblement été réalisée par Jean d’Ypres au début du XVIe siècle.
Pourquoi en faire une performance ? Et bien car cette œuvre peut être vue comme une chorégraphie dont la lecture est bouleversée par qui la regarde. Dans sa part prude, la Dame se compose des cinq sens, puis du désir. Dans un regard plus coquin, les allégories ne manquent pas. Pourquoi 35 lapins avides de sexe ? Pourquoi un renard sexy ? Pourquoi un lion macho ? Et surtout… Pourquoi un tel appendice sur le crâne de ce cheval ?
Les quatre danseuses, Carla Bottiglieri, Gaëlle Bourges, Agnès Butet et Alice Roland (il y aura des guest plus tard, mais c’est un secret), sont devant nous, nues, dans un signe que la peau est celle de la bête. Elles vont revêtir masques de lapin, de lion, de renard, de licorne, une sera même une dame courtoise, et adopter la démarche de leur personnage dans un déplacement qui sera toujours latéral. Ici la Ménagerie est réduite, par l’intervention du célèbre rideau rouge ponctué de fleurs très en avant-scène. Elles sont très présentes, quasiment dans le public mais jamais la nudité ici n’est sexy ou violente. Elles sont le bestiaire fantasmé de cette œuvre pensée au XVIe siècle, le temps du « méta », ou ce que l’on ne voit pas est ce à quoi l’on croit.
Comme dans les Belles heures du Duc de Berry on accède ici, à une vraie lecture de cette œuvre qui n’a rien de décoratif. La dame à la Licorne informe sur une époque vissée par le mystique mais qui ne cesse de trouver les moyens de s’en échapper « légalement ». La transposition de cette œuvre au plateau fonctionne admirablement bien et La dame vierge et son harem animalier vont vite devenir une allégorie d’un enfer très chaud dans lequel on a très envie de bondir.

Le spectacle revient du 14 au 21 pour le Festival d’Avignon au Gymnase du Lycée Saint Joseph !

Visuel :  © Danielle Voirin

du 14 au 21 au Gymnase Saint Joseph
Au Festival d’Avignon 2015

Infos pratiques

Institut suédois de Paris
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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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