Opéra
« Viva la mamma ! » ou le bouquet final de l’Opéra de Lyon

« Viva la mamma ! » ou le bouquet final de l’Opéra de Lyon

04 juillet 2017 | PAR La Rédaction

Pour clore sa saison, l’Opéra de Lyon a choisi une œuvre de Donizetti rarement donnée, d’autant plus dans l’hexagone (la Scala de Milan en a par exemple fait un enregistrement en 2009 dans le cadre du « Scala Academy Project »), à savoir Viva la mamma ! Un beau « feu d’artifice » qui conclue dans la joie et la bonne humeur la saison de la maison lyonnaise !

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Viva la mamma ! était à l’origine une farsa musicale composée en 1827 avant que le compositeur italien ne décide de la retravailler pour ne faire un dramma giocoso en deux actes en 1831. Pour cela, il fait appel au librettiste Domenico Gilardoni qui réécrit les dialogues parlés en récitatifs (bien que certains échanges parlés restent présents ou ajoutés selon les metteurs en scène) tout en enrichissant quelque peu la première version. L’histoire de base reste pour sa part inchangée et raconte la répétition d’un opéra, Romulus et Ersilia, dans lequel sont réunis les « personnages » principaux d’un opéra : la prima donna, la seconda donna, le primo tenore, le chef d’orchestre, le poète ou encore l’impresario. Viennent s’adjoindre le mari de la prima donna, en admiration éperdue pour sa femme, et surtout, la mère de la seconda donna qui veut plus que tout que sa fille brûle les planches, peut-être afin de vivre une carrière par procuration. Elle oblige donc le poète et le compositeur à se plier à ses souhaits (la scène durant laquelle elle propose un air et où les instruments de la fosse suivent ces directives pour former finalement l’air sur lequel l’artiste chante est assez amusant), met un véritable bazar dans la répétition, au point que le contre-ténor finit par partir. Mamma Agata profite de cette occasion pour le remplacer, et c’est en répétant un duo avec le ténor que ce dernier, excédé, quitte également la production, se faisant remplacer par l’époux, qui est interprété par… un baryton ! Finalement, la troupe décidera de fuir car elle ne pourra pas rembourser les frais dus à l’annulation du spectacle.

Si l’histoire en elle-même se prête à la farce, le livret poursuit dans cette lignée avec de nombreux ressorts comiques, comme la scène de lecture où trois duos lisent une lettre, une critique ou bien le livret qu’il retravaille ;  les extraits de ces lectures se répondent et finissent par former un quiproquo, les amenant dans une énième dispute. L’attitude de la prima donna refusant de s’abaisser à chanter avec la seconda donna, le fait que chaque interprète tire la couverture à soi (comme dans le passage concernant l’ordre des noms sur les affiches), les pics de la mamma, rappelant par exemple à la prima donna qu’il n’y a pas si longtemps elle « vendait des pâtisseries dans les rues », ou encore le caractère caricatural général des personnages sont autant de points qui promettent un amusement certains.

Toutefois, les rires qui éclatent tout au long de la soirée ne seraient pas tels s’il n’y avait pas la mise en scène tout simplement excellente de Laurent Pelly qui ajoute son intelligence de lecture et sa vision si particulière et drôle qui ne laisse jamais l’œuvre plonger dans l’humour gratuit et bête. Ainsi, il mêle ici une touche poétique qui laisse un véritable goût d’équilibre. Nous débutons au début de la soirée dans un théâtre qui, pour des raisons probablement de coupures budgétaires drastiques, est devenu un parking et dont la scène a été condamnée. Dans ce présent, nous voyons apparaître les personnages tels des réminiscences de la vie de la salle originelle. Après l’entracte, une fois que les protagonistes ont traversé le mur qui condamnait la scène, la salle retrouve sa vocation passée sans trace de parking, nous replongeant entièrement dans le passé. Las, lorsque la troupe fuira pour des raisons financières, le chantier pour la construction du parking débutera, clôturant la boucle. Laurent Pelly parvient donc ici à rendre un chantier et des marteaux-piqueurs poétiques !

Côté voix, toutes ne sont malheureusement pas égales. Déjà dans Le Couronnement de Poppée, Katherine Aitken n’était pas parvenu à briller, manquant terriblement de projection, un défaut que nous relevons à nouveau ici et qui ne laisse finalement pas de véritable souvenir de son Pippeto. Dans le rôle de la Prima Donna, Patrizia Ciofi montre une voix bien moins fatiguée que lors de sa dernière venue à Lyon dans la version de concert de Zelmira. Malheureusement, la fatigue s’entend toujours, tout particulièrement dans les mediums, bien que « le travail soit fait » pour ce qui est des aigus. Il faut avouer que malgré cela, le jeu dont la soprano fait montre parvient à contrebalancer ce bémol, étant tout bonnement excellente dans ce rôle caricatural. Son mari, interprété par Charles Rice, laisse entendre une belle voix, se pliant également à la vision humoristique de ce rôle. Enea Scala, que les lyonnais avaient découvert dans La Juive, le ravit à nouveau dans le rôle du ténor, la projection étant ici parfaitement assurée, la ligne de chant étant sûre.

La seconda donna, Clara Meloni, ne convainc pour sa part pas particulièrement durant la première partie, paraissant (trop) timide. Elle se révèle toutefois dans son grand air de l’acte II, mais celle qui marque la production reste bien entendu le rôle-titre, à savoir Mamma Agata, interprétée par… Laurent Naouri ! Parfait de bout en bout, paraissant prendre du plaisir au moins tout autant si ce n’est plus encore que ses confrères, il déploie une voix profonde avec laquelle il s’amuse, la travestissant dans les aigus ou bien appuyant sur son côté caverneux. « Quant à son grand air « Assisa a’ pieè d’un sacco », délicieuse parodie de la Canzone del salice de Rossini, il est parfaitement exécuté. Un vrai régal !

L’ensemble des autres rôles secondaires tenus par Enric Martínez-Castignani, Piotr Micinski, Dominique Beneforti ou encore Pietro di Bianco s’aligne sur cet exemple et complète parfaitement la distribution, le tout sous la baguette du jeune et très talentueux Lorenzo Viotti qui a été récompensé lors des derniers International Opera Awards 2017 dans la catégorie Révélation (alors que l’Opéra de Lyon était primé en tant que meilleure maison d’opéra).

©stofleth

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