Opéra
Une Vie parisienne de folie à Saint-Etienne

Une Vie parisienne de folie à Saint-Etienne

05 janvier 2017 | PAR Elodie Martinez

Du 31 décembre au 3 janvier, l’Opéra de Saint-Etienne proposait La Vie parisienne d’Offenbach afin de profiter pleinement des festivités de fin d’année. Pour cette belle occasion, la maison stéphanoise a décidé de reprendre la mise en scène de Jérôme Savary en travaillant à rendre le plus fidèlement possible son travail. Pour ça, l’Opéra a fait appel au musicologue Raphaël Danis pour retrouver le travail du metteur en scène et reconstituer la partition. Le résultat est une très belle réussite!

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En cette période de Fêtes de fin d’année tristement parsemée par les nombreux décès qui ont eu lieu, comment ne pas se réjouir de se rendre à un spectacle enjoué pour s’amuser pleinement? Comment ne pas être heureux de retrouver Jacques Offenbach et sa truculente Vie parisienne? La production donnée à l’Opéra de Saint-Etienne nous donne raison de nous réjouir grâce à une mise en scène de Savary conforme à l’esprit de l’oeuvre, sans que l’esprit ne soit trop en-dessous de la ceinture (ce que l’on craint toujours à l’évocation du nom de ce metteur en scène).

La présence de 11 danseurs et danseuses de Cancan apporte à la mise en scène une réelle prévalue et un esprit de fête décontractée des plus appréciables. On repart avec la folle envie de se rendre à un spectacle de cancan! La troupe clôt par ailleurs chaque fin d’acte par un numéro de danse endiablé, parfois repris suite à l’enthousiasme du public. Les décors présents sont impressionnants en cela qu’ils recouvrent la totalité de la scène mais permettent toutefois des changements rapides, ne faisant pas de pause trop importante entre chaque baissé de rideau. Quel bonheur de se retrouver face à une mise en scène qui respecte l’oeuvre! Lorsqu’on nous annonce un riche appartement à l’époque d’Offenbach, nous nous y retrouvons bel et bien, de même que pour le restaurant ou bien les cabines pour ces messieurs. Point de retravaille ou d’extrapolation ou encore de voyage dans le temps, point de décors moderne qui ne nous font finalement plus voyager, point de forme d’immeuble dans un style d’art contemporain qui ressemble à tout sauf à un lieu d’habitation, et surtout, nous retrouvons des costumes d’époque (signé Michel Dussarat), beaux, colorés… bref, fidèles à l’oeuvre! Adieu les jeans ou autre tweeds que les metteurs en scène aiment à nous montrer aujourd’hui sous prétexte de transposition moderne. Nous voyons là enfin un opéra tel que nous l’imaginons, avec un faciès qui émerveille.

Côté voix, nous n’oublions pas qu’Offenbach souhaitait faire de l’opérette un art tout aussi important de l’opéra, ce qui implique une certaine qualité de voix. Nous retrouvons donc Guillaume Andrieux dans le rôle de Gardefeu, avec son sourire et son visage de jeune premier tout à fait en accord avec le personnage qu’il incarne. La voix, la diction ainsi que la projection sont comme d’habitude au rendez-vous avec celui qui était nommé l’an passé dans la catégorie « Révélation lyrique » aux Victoires de la Musique Classique. Son compère, Bobinet, est interprété par Christophe Berry qui offre une belle profondeur de voix et de belles nuances vocales à son personnage qu’il incarne avec brio. Seul très léger bémol : son maquillage trop marqué qui lui confère un air presque clownesque le desservant. Lionel Peintre, habitué de ce genre de rôle et que nous avions déjà entendu dans My Fair lady prête sa voix au Baron de Gondremarck. Si les premières notes sont presque à la limite de la justesse (probablement à cause de sa volonté de garder l’accent), le reste de la prestation est un véritable régal. Enfin, le Brésilien de Marc Larcher (qui est également Frick) dont l’accent espagnol est un peu étrange (mais l’accent brésilien n’est pas aisé à prendre) offre une belle projection et un jeu à la hauteur de ses compères. Chacun des autres rôles secondaires ne dénote en rien face à ce bel ensemble.

Côté féminin, Pauline Sabatier est une belle Métella mais la projection des médiums et des graves n’est malheureusement pas à la hauteur de celles des hommes. Quant à Mélanie Boisvert (la Gantière), elle est quelque peu inégale au long de cette soirée, la voix étant parfois un peu trop sèche avant de redevenir plus agréable. Sa pétillance, toutefois, reste présente du début à la fin. Elodie Hache offre pour sa part une Baronne de Gondremarck tout à fait délicieuse!

Une formidable soirée donc qui met en joie, les solistes étant servi par un choeur très gai, le public pouvant parfois voir de très près certains personnages lorsque ces derniers se retrouvent dans la salle. La festivité est une chose qui se partage, elle n’est donc ici pas cloisonnée à la scène. Un grand bravo et même merci pour cette très belle production qui affichait d’ailleurs complet!

Infos pratiques

Théâtre Municipal Berthelot
Anis Gras – Le Lieu de l’Autre
Elodie Martinez
Après une Licence de Lettres Classiques et un Master en Lettres Modernes, Elodie découvre presque par hasard l'univers lyrique et a la chance d'intégrer en tant que figurante la production du Messie à l'Opéra de Lyon en décembre 2012. Elle débute également une thèse (qu'elle compte bien finir) sur Médée dans les arts en France aux XVIIe et XVIIIe siècles, puis, en parallèle d'un stage dans l'édition à Paris, elle découvre l'univers de la rédaction web et intègre l'équipe de Toute la culture où elle participe principalement aux pages d'opéra, de musique classique et de théâtre. Elle a aussi chroniqué un petit nombre de livres et poursuit l'aventure une fois rentrée sur Lyon. Malheureusement, son parcours professionnel la force à se restreindre et à abandonner les pages de théâtre. Aujourd'hui, elle est chargée de projets junior pour un site concurrent axé sur l'opéra, mais elle reste attachée à Toute la culture et continue d'être en charge de l'agenda classique ainsi que de contribuer, à moindre échelle, à la rédaction des chroniques d'opéra.

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