Opéra
Une Clemence de Titus portée par de Grandes voix à l’Opéra Garnier

Une Clemence de Titus portée par de Grandes voix à l’Opéra Garnier

03 décembre 2013 | PAR Yaël Hirsch

 

 

 

Dans une mise en scène entrée à l’Opéra de Paris en 1997 et signée Willy Decker, La Clémence de Titus est à l’affiche du Palais Garnier. Le dernier opéra de Mozart, à redécouvrir avec distribution exceptionnelle avant le 23 décembre 2013. 

[rating=4]

Avec un rideau qui fait écho au Plafond de Marc Chagall et une mise en scène d’une sobriété qui convient bien à cet opéra tardif et néanmoins de forme « seria » donc sobre et empruntée à des temps plus anciens que de Don Giovanni et la Flute enchantée, la Clémence de Titus (1791) commence autour d’un bloc de pierre brute qui sera sculpté jusqu’à laisser voir le buste de l’empereur magnanime. Sur un livret du grand Metastasio, l’intrigue met en scène Titus après qu’il a congédié son grand amour Bérénice. Refusé par plusieurs femmes, il finit par demander la colérique Vitellia en mariage. Mais il est trop tard ! Alors qu’elle se croyait méprisée, elle a demandé à son soupirant Sesto d’assassiner le tyran. Malgré son amitié immense et son admiration pour l’empereur Sesto s’exécute, la mort dans l’âme… Et manque sa cible. Mais risque, en sus de sa honte, la peine de mort. A moins que Titus ne montre encore une fois que sa légendaire Clémence est au-delà des complots, du chagrin et surtout du commun des mortels.

Si l’on entre doucement dans cette Clémence de Titus, par une mise en scène un peu statique, la présence exceptionnelle de la mezzo-soprano, Stéphanie d’Oustrac, dans le rôle du traitre Sesto insuffle immédiatement corps et âme à l’Opéra. Corps d’abord : alors qu’elle récidive dans un de ses plus grand rôles d’Oustrac sait se mouvoir et se placer comme un jeune-homme peur sur de lui. Et âme : la vois est juste exceptionnelle. En face, avec un très joli timbre mais plus inégale, Tamar Iveri incarne l’irénique Vitellia. A peine le temps de se réjouir des fiançailles permises par Titus entre Servilia (Maria Savastano) et Annio (Hannah Esther Minutillo) et l’ont est plongé au cœur d’une intrigue politique fort déplaisante. Le premier acte se termine dans la pénombre sur la grâce des 5 grandes voix et le chœur se lamentant de la mort du chef clément. Alors que le deuxième acte se concentre sur la question de la trahison et du pardon, on est d’entrée de jeu happé par le long duo entre Saimir Pirgu, Titus éclatant et Stéphanie d’Oustrac, qui met les larmes aux yeux. Le sujet n’est plus la badinerie ou le mariage, mais bien l’amitié trompé et la clémence malgré la trahison et la douleur. Dès lors, les arias éblouissants s’enchaînent, Titus seul sur son rocher incarne avec majesté toute la solitude du pouvoir dans son grand récitatif et Sesto est bouleversant quand il implore son ancien ami de l’embrasser avant de l’envoyer à la mort (« Deh per questo istante »). Et si Vittellia n’est peut-être pas aussi convaincante que l’air el permet lorsqu’elle se décide à avouer son forfait (« Non più di fiori » ), la densité du deuxième acte est tout simplement enivrante. Alors que la belle présence noire du chœur exprime l’épreuve de feu que passe le souverain de Rome, l’atmosphère s’électrise, le buste se détache de la pierre mais montre sa nuque fragile et quand le rideau tombe, les anges de Chagall semblent opérer une chute d’Icare. Si le pouvoir a triomphé par la Clémence, l’ubuesque couronne ne sert plus à l’excellent Saimir Pirgu qu’à saluer avec ce qu’il faut de cabotinage un public absolument conquis. Impressionnant de maîtrise, le ténor albanais est réellement l’empereur de cet opéra, que ses voix parfaitement rythmées par l’orchestre et de chœur de k’opéra et la baguette de Tomas Netopil portent jusqu’aux nues.

La clémence de Titus, de Wolfgang Amadeus Mozart, livret : Metastasio, mise en scène : Willy decker, direction musicale : Tomas Netopil, avec Saimir Pirgu, Stéphanie d’Oustrac, Tamar Iveri,  Maria Savastano, Hannah Esther Minutillo, Balint Szabo, Opéra Garnier durée 2h30, à 19h30, les 33,6,9,12,16,19 et 23 décembre 2013.

(c) Christian Leiber/ONP

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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