Opéra

Un Monterverdi à valeur théâtrale ajoutée à Nantes  

Un Monterverdi à valeur théâtrale ajoutée à Nantes  

16 octobre 2017 | PAR La Rédaction

Duo très sollicité par les scènes d’opéra, Patrice Caurier et Moshe Leiser sont restés fidèles à l’Angers Nantes Opéra depuis quinze ans, et y proposent pour la rentrée lyrique un Couronnement de Poppée éminemment théâtral. Une évidente réussite, qui n’hésite pas à bousculer certains codes établis.

[rating=5]

Pour sa dernière saison à la tête de l’Angers Nantes Opéra, Jean-Paul Davois fait aboutir un projet auquel il tenait particulièrement. Considérant Le Couronnement de Poppée comme le premier véritable opéra de l’histoire et un exemple jamais dépassé en termes de théâtre lyrique, le directeur de l’institution nantaise voulait confier le chef-d’oeuvre de Monteverdi à ceux qui sont devenus un incontournable duo de la mise en scène opératique, Patrice Caurier et Moshe Leiser, et dont il avait soutenu le travail presque dès leurs  débuts.

Faisant l’économie de l’ouverture orchestrale, le Prologue surprend le spectateur dans la salle encore éclairée de voisinages bavards. Le ton est donné, celui d’une lecture suprêmement théâtrale,qui met en valeur la satire irrévérencieuse du livret de Busenello, non sans ombres tragiques. Si elle n’a rien d’un inédit, la démonstration de la perversion sanguinaire de Néron, qui    tue ou fait tuer ses rivaux, comme ses amants et épouses après consommation – ou s’être fait consommer, ainsi que l’attestent les torrides ébats avec Lucain, dissimulés par la fausse pudeur d’un drap blanc, alors que Sénèque gît encore  au milieu de son sang dans sa baignoire -, est réalisée ici avec une évidente maîtrise scénographique. L’hémoglobine envahit jusqu’à la prémonition le décor de loft avec vue sur La Défense, dessiné par Christian Fenouillat – on pourrait d’ailleurs gloser sur le paysage offert en photographie agrandie, différent de l’académique perspective frontale, comme pour rappeler le point de vue décalé à partir duquel sera raconté le destin des grands de ce monde. Suspendu aux cintres en un clin d’oeil à la machinerie baroque, Amour macule de sang les corps du duo amoureux final, tandis que les cadavres d’Octavie et Othon annoncent le destin du couple impérial.

Du sang et du rire

La saveur des portraits, habillés de costumes contemporains, et parfois excentriques, par Agostino Cavalca, ajoute un sel irrésistible au spectacle. Habitué des travestissements, Dominique Visse minaude avec la gourmandise qu’on lui connaît une bourgeoise Nourrice en fourrure dont les charmes ont passé minuit, quand Eric Vignau incarne une franche Arnalta. Gwilym Bowen résume l’adolescente impertinence du Valet à salopette, laveur de vitres, qui fricote avec la fraîche Demoiselle dévolue à Sarah Aristidou. Elodie Kimmel affirme la constance séductrice de Drusilla. Également Liberto, messager très humain de l’ordre de Néron, Mark van Arsdale exalte la fatale ivresse érotique de Lucain. Peter Kalman affirme la solide incorruptibilité professorale de Sénèque. L’Amour presque novice Logan Lopez Gonzalez irradie de jeunesse et de promesses, dans une distribution où le contre-ténor se substitue sans heurt à l’usuelle soprano.

Le quatuor terrible propose quelques ajustements plus significatifs avec l’orthodoxie baroqueuse. Chiara Skerath ne dépare pas avec l’attendue ambition capricieuse du personnage, contenue dans un timbre d’une adéquate homogénéité. L’Octavie à l’expressivité calibrée de Rinat Shaham s’accroche à l’iconique pourpre du pouvoir. Confier Néron à un ténor, ici, Elmar Gilbertsson à l’aise dans l’image de l’impatience du vice, ne heurte que certaines habitudes récemment retrouvées, et est déjà renseigné par la pratique. Mais proposer Othon à un baryton, plutôt qu’à la tessiture haute d’un contre-ténor, peut perturber plus d’un mélomane, et semble davantage illustrer, avec un anachronisme certain assumé valeureusement par Renato Dolcini, l’aphorisme par lequel Shaw condensait les intrigues d’opéra, où «il s’agit d’un baryton qui cherche à empêcher le ténor de coucher avec la soprano ». C’est d’ailleurs avec un autre clin d’oeil au romantisme verdien et au Risorgimento, que l’on a fait participer les chœurs de l’Angers Nantes Opéra à la scène du couronnement. Le résultat à l’épaisseur hors style présente au moins l’avantage de mettre en relief l’intimisme du « Pur ti miro » conclusif, éclairé par un accompagnement souple et délicat. Tirant parti des ressources de son Ensemble Il Canto di Orfeo. aux allures de continuo à une dizaine de pupitres, Gianluca Capuano est secondé par Moshe Leiser, qui assure surtout, depuis la fosse, le lien entre la dynamique musicale et la direction d’acteurs. Prima il teatro musicale…

Par Gilles Charlassier

Le Couronnement de Poppée, Monterverdi, mise en scène : Moshe Leiser et Patrice Caurier, Nantes, du 9 octobre au 17 octobre 2017 à l’Angers Nantes Opéra.

Visuel : l’Angers Nantes Opéra

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