Opéra

Pour « La Sirène » d’Auber ressuscitée, l’enchantement est toujours en attente

Pour « La Sirène » d’Auber ressuscitée, l’enchantement est toujours en attente

29 janvier 2018 | PAR Victoria Okada

La Sirène, du tandem Scribe-Auber, a connu un succès retentissant à sa création en 1844 à l’Opéra Comique. Plus de 170 ans après, l’œuvre a été recréée au Théâtre de Compiègne. On espérait un accomplissement mérité, mais il n’était pas à la hauteur de notre attente.

Sur le fond, une histoire de brigands, très à la mode au XIXe siècle, qui volent une fortune et prennent la fuite. Dans La Sirène, deux trames : d’une part, Bolbaya, intendant des théâtres de Naples, à la recherche d’une prima donna, et de l’autre, le Duc de Popoli qui a une mission de capturer le chef des contrebandiers Tempesta, qui se fait appeler Scopetto pour dissimuler son identité. Celui-ci, non seulement sème des pagailles avec un chantage et une histoire de papiers compromettants, mais substitue à son signalement le portrait de Scipion, capitaine de marine.

À la recherche de la sirène, une voix merveilleuse dans la montagne qui fait l’objet de conversations de tous, Bolbaya et Scipion débarquent à l’auberge des voleurs. A l’arrivée du Duc, ces derniers se font passer pour des acteurs d’une troupe de Bolbaya grâce à Zerlina, la sœur de Scopetto, qui chante magnifiquement. Le Duc fait arrêter Scipion, croyant qu’il s’agit du Tempesta. Les contrebandiers organisent le pillage du palais de Pescara, demeure du Duc. Celui-ci revient plus tôt que prévu d’une entrevue à Naple, alors que Scipion, délivrée par sa bien aimée Zerlina, protège la fuite des malfaiteurs, prétextant la répétition d’un opéra, Ali Baba et les quarante voleurs. Scopetto montre les papiers compromettant en question trouvés dans le cabinet du Duc, et obtient ainsi la sortie. Toutefois, une délégation de Naples encercle le palais et empêche Scopetto de s’enfuir. Or, les soldats sont enchantés par la belle voix de Zerlina, ce qui permet à Scopetto de s’échapper.

Cette intrigue, parsemée de rebondissements et de surprises, n’est pas facile à saisir d’un premier coup. D’autant que le décor, une structure à deux niveaux avec des portes pivotantes au niveau inférieur qui font entrevoir l’intérieur, représentant à la fois l’auberge et le palais, est unique pour tous les actes. L’Italie et le brigandage comme toile de fond, l’aspect visuel était certainement très exotique à la création, avec l’auberge, le palais, la montagne, les acteurs en costume de théâtre… On n’aurait plus apprécié de voir tout cela dans cette production où on notait seulement des vêtements de contrebandiers, ainsi que des habits de fête pour la prétendue répétition de la représentation d’Ali Baba.

Sur le plateau, l’inégalité entre les chanteurs (projection, justesse, diction, jeu d’acteur…) créait quelques inquiétudes. Il y avait notamment la question de tessiture qui n’était pas adaptée au rôle, mettant au péril certaines scènes qui auraient dû être les plus belles… Louons toutefois la formidable performance de Jean-Fernand Setti, digne du Duc de Popoli simple et naïf. Jeanne Crousaud, soprano en résidence au Théâtre Impérial, est la sirène charmante qui vocalise aisément les notes fantaisistes imaginées par Auber. Jacques Calatayud assume totalement le petit rôle de Pecchione, admirablement rendu.

Le chœur Les Métaboles, dirigé par Léo Warynski, est remarquable dans son unité vocale à tout moment. Nous dirions que c’était même le meilleur de tous les rôles, si on considère la bande de voleurs comme un seul personnage. L’orchestre Les Frivolités parisiennes, spécialiste de l’opéra comique, de l’opéra bouffe et de l’opérette, est un autre point fort de la soirée, l’interprétation relève à la fois de légèreté et de précision, dans une formidable consistance désormais acquise de manière permanente. Et cela grâce à la géniale direction de David Reiland qui a su tirer des « Frivol’s » le meilleur qu’ils puissent donner, surtout dans les couleurs et les nuances.

La Sirène sera représentée le 11 mars à la Scène nationale d’Albi et le 25 mars au Théâtre de Saint-Dizier.

Direction David Reiland ; Mise en scène Justine Heynemann ; Costumes Madeleine Lhopitalier ;
Avec :
Zerlina, Jeanne Crousaud ; Mathéa, Dorothée Lorthiois ; Francesco, Xavier Flabat ; Scipion, Jean-Noël Teyssier ; Le Duc de Popoli, Jean-Fernand Setti ; Nicolaio Bolbaya, Benjamin Mayenobe ; Pecchione, Jacques Calatayud ; Chœur de soldats et contrebandiers, Les Métaboles, direction Léo Warynski
Théâtre de Compiègne, le 26 janvier 2018.

Photos : Vincent PONTET

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