Opéra
Marc Minkowski et Les Musiciens du Louvre jouent Mozart en Galilée

Marc Minkowski et Les Musiciens du Louvre jouent Mozart en Galilée

27 juillet 2022 | PAR La Rédaction

Cette année le Festival d’Art Lyrique organisé par l’association Meet in Galilée, accueille Marc Minkowski et Les Musiciens du Louvre pour des représentations exceptionnelles des Noces de Figaro et de Don Giovanni de Mozart les 24 et 25 juillet 2022, mises en scène par Romain Gilbert. Le 26 juillet, Marc Minkowski a dirigé une Masterclass exceptionnelle à Saint-Jean d’Acre, puis, l’Institut Français de Tel Aviv a accueilli un symposium sur le thème « Le statut des femmes dans les opéras et chansons de Mozart ». Toute la Culture vous raconte ces journées riches en beauté et en découvertes…

Par Hélène Miller.

Meet in Galilée, deuxième jour

Quel plaisir de commencer la journée en pensant qu’ à la nuit tombée, on retournera dans cet endroit enchanteur que l’on a découvert la veille. Non, ce n’était pas un rêve, pas qu’un rêve…

Nous sortons de la chambre d’hôtel et reconnaissons autour de nous Figaro (Robert Gleadow), Suzanna (Arianna Vendittelli), Cherubin (Chiara Skerath)! Un jeune homme au charisme remarquable fait son apparition. J’entends : « Ah, le voilà, Don Giovanni ! ». Vous l’avez compris, tous les interprètes, comme les musiciens sont logés à Akko, dans le même hôtel que nous, et il y a quelque chose de fascinant à découvrir l’ « envers du décor », de pouvoir féliciter ces artistes talentueux, passionnés, généreux et d’échanger avec eux. Don Giovanni (Alexandre Duhamel) salue ses amis, d’une belle voix grave, et je me dis qu’un Baryton, c’est impressionnant, même au petit matin ! (Le casting complet est disponible ici)

Pour le déjeuner, nous nous rendons chez Uri Buri, un restaurant ouvert il y a plus d’un quart de siècle par le chef Uri Jeremias. Cet établissement, qui a été désigné 19ème meilleur restaurant au monde par le site Tripadvisor en 2021 est un véritable symbole de coexistence, d’espoir et de résilience.
Comme le rapporte le journal Times of Israel, « Au-delà des mets à la carte, le restaurant s’illustre par son engagement en faveur du dialogue entre Juifs et Arabes. Uri Jeremias est connu pour recruter depuis toujours des jeunes désœuvrés et sans compétences professionnelles, tant arabes que juifs, pour travailler dans son établissement et son hôtel situé à proximité. »
Apres avoir été incendié lors des émeutes de mai 2021, le restaurant a rapidement réouvert ses portes, et les touristes venus du monde entier sont de retour, comme nous le confirme une des responsables, qui travaille dans l’établissement depuis plus de 20 ans.
Uri Jeremias est présent ce jour-là. C’est un homme d’environ soixante-dix ans, à la carrure imposante, avec de grands yeux bleus et une très longue barbe blanche. Il me fait penser à un Papa Noel du Moyen-Orient qui nous régale et œuvre pour la paix !

21h15. Nous sommes dans la forteresse des Croisés de Saint-Jean d’Acre. Le public a pris place. Marc Minkowski, averti, attend l’appel à la prière avant de démarrer la performance. C’est parti. Il dirige ses musiciens avec panache. La magie opère de nouveau. On assiste, médusés, aux crimes, mensonges, tromperies, légèretés de Don Giovanni, le tout avec le sourire, et une voix, un charisme et un humour surprenants. Il forme un duo qui fonctionne à merveille avec Leporello, son valet interprété par Robert Gleadow (le formidable Figaro de la veille). Les voix féminines (en particulier Iulia Maria Dan, Arianna Vindittelli, Chiara Skerath) résonnent haut dans le ciel de Saint-Jean d’Acre. Le couple Don Ottavio (Julien Henric) et Donna Anna (Iulia Maria Dan), qui se démène pour obtenir justice, est totalement convaincant. Enfin, le Commandeur incarne un spectre glaçant avec une présence et une voix formidables.
Le lendemain, Marc Minkowski a donné, à Saint-Jean d’Acre, une masterclass exceptionnelle, lors de laquelle il a dirigé quatre jeunes chanteurs de l’Opéra de Tel Aviv (Anat Czarny, Tal Ganor, Noam Heinz et Shani Oshri). Comme les organisateurs l’espèrent, cette MasterClass avec un chef d’orchestre mondialement reconnu pourrait leur donner l’opportunité de démarrer une carrière internationale..

Le statut des femmes chez Mozart discuté à l’Institut Français de Tel Aviv

Cette parenthèse enchantée s’est clôturée à l’Institut Français de Tel Aviv pour un symposium sur le thème « Le statut des femmes dans les opéras et les chansons de Mozart.” Muriel Haim a évoqué ce thème sur la radio Qualita en ces termes « Mozart était extrêmement moderne. Les femmes de Don Juan , bien sûr elles ont été trompées, bafouées, etc, mais elles ne se posent pas en victimes. Elles se lèvent, elles vont le pourchasser, elles vont chercher à se venger. C’est pas des petites choses fragiles. Tout ça c’est quand même très très novateur pour cette époque. »

Les intervenants étaient Coline Infante Soprano, diplômée de Musicologie au Conservatoire Nationale de Musique et de Danse de Paris, le Dr Ido Ariel, pianiste israélien coach vocal, chef d’orchestre et conférencier.
Les deux intervenants ont présenté leur vision de Mozart et de son rapport aux personnages féminins. Nous avons écouté des extraits d’ Opéra, des « chansons » moins connues de Mozart. Nous nous sommes demandés si Mozart était un « féministe avant l’heure », avec des avis partagés. La question du rapport à la religion a également été discutée.
Tous ces échanges et questions ont montré à quel point l’œuvre de Mozart est intemporelle, source d’analyse, de réflexion et d émerveillements inépuisables.
Apres ces trois jours hors du temps, on ne peut qu’être admiratifs et reconnaissants envers Muriel Haim et Jacques Audibet, pour l’énergie incroyable déployée, et l’intelligence et la passion avec lesquelles ils ont conçu ces Journées de Galilée.
Le rêve de Muriel, comme elle l’évoque, c’est que, à côté des Festivals de Vienne, de Glyndebourne, d’Orange, d’Aix en Provence, il y ait le Festival de Saint-Jean d’Acre. Et pour cela, parlons-en, faisons le buzz, encourageons ce projet cohérent et ambitieux !

Rendez-vous en 2024 à Saint-Jean d’Acre, soyons nombreux !

visuels (c) Solal Fakiel

La rentrée littéraire arrive à grands pas…
La superbe clôture 100% queer du 76e Festival d’Avignon
La Rédaction

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.


Soutenez Toute La Culture