Opéra

[Live-Report] « Der Freischutz » Partie de chasse au Théâtre des Champs-Elysées (14/09/2015)

[Live-Report] « Der Freischutz » Partie de chasse au Théâtre des Champs-Elysées (14/09/2015)

16 septembre 2015 | PAR Victorine de Oliveira

Donné en version de concert, Der Freischütz, l’opéra forestier de Weber, investissait lundi 14 septembre 2015 le Théâtre des Champs-Elysées.
[rating=3]

Un héros exalté, un pacte avec le diable, une fiancée à l’âme pure, des forêts bavaroises aux ombres néfastes et mystérieuses, des balles forgées par magie noire… Pas de doute, Der Freischütz de Carl Maria von Weber baigne en plein romantisme. Après sa création en 1821 à Berlin, Richard Wagner et les poètes E.T.A. Hoffmann et Heinrich Heine ne tarissent d’ailleurs pas d’éloges : l’opéra romantique est né.

Der Freischütz fait néanmoins partie de ces œuvres tombées légèrement en désuétude, du moins sur les scènes françaises (à noter cependant une production à l’Opéra comique en 2011). Si l’œuvre occupe une place de choix au panthéon des historiens de la musique, si l’ouverture aux syncopes infernalement serrées se taille une bonne place dans les programmes de concert, la représentation semble un pas plus difficile à franchir.

Lundi 14 septembre, le Théâtre des Champs-Elysées s’y attelle à demi avec une version de concert menée sous la baguette de Thomas Hengelbrock. Sur la scène du théâtre de l’avenue Montaigne, les chœur et orchestre symphonique de la NDR de Hambourg, le chœur de la WDR de Cologne, le chef et les neuf protagonistes de l’opéra paraissent un peu à l’étroit. En l’absence de mise-en-scène, on espère une mise en espace, sorte de compensation… pas la peine de rêver, c’est tout juste si les robes des dames peuvent se déployer. Mais dès les premiers accords, on se dit que la musique se suffira bien à elle-même.

Venue comme de nulle part – une prouesse eût égard aux nombreux toussotements et même sonnerie de téléphone qui tentèrent de voler la vedette à l’orchestre – l’ouverture déroule ses différents thèmes si caractéristiques : rythmes pointés pour Max le chasseur, cavalcade passionnée pour Agathe sa bien-aimée… En un tour de main, Thomas Hengelbrock l’enchanteur installe un climat, puis l’autre, en un tourbillon d’archets qui lui répondent au cordeau. Les chœurs sont taillés du même bois : sopranos limpides et voix d’hommes charnues. On retiendra le musclé mais pas outrancier chœur des chasseurs.

Mis à part le Max de Nikolai Schukoff, à la diction pas toujours précise, au phrasé parfois mal soutenu et au timbre légèrement en retrait par rapport aux autres, la distribution s’ajoute à l’excellente qualité du spectacle. Tête d’affiche, Véronique Gens apparaît un poil tendu et corsetée, mais chante une Agathe tout en inquiétude et retenue. Avec la soprano Christina Landshamer (Annette), découverte de la soirée au timbre juvénile et assuré, elles forment un superbe tandem. Mention spéciale également au Gaspard de Dimitry Ivashchenko, basse dramatique et nerveuse, un des seuls à assurer son texte d’un semblant de jeu d’acteur. Le choix de remplacer les dialogues parlés par un texte récité par Samiel, avatar du diable, laisse au comédien Graham F. Valentine une bonne part de la partition. Etrange, mais pourquoi pas. Après tout, sa tignasse rousse est loin de dénoter avec le rôle.

Il n’y a pas qu’aux chanteurs que Weber donne l’occasion de briller : les duo Agathe-violoncelle et Annette-alto découvrent des solistes brillants, parfois facétieux. De même côté vents avec un clarinettiste superbe.

Navrés d’avoir manqué cette unique représentation parisienne ? Pas de panique, France musique avait posé ses micros pour une retransmission samedi 10 octobre à 19h. De quoi s’entraîner au tir d’ici là.

visuel : affiche

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