Opéra
La flûte de Peter Brook enchante les Bouffes du Nord tout le mois de juillet

La flûte de Peter Brook enchante les Bouffes du Nord tout le mois de juillet

03 juillet 2013 | PAR Yaël Hirsch

 

 

[rating=5]

Créée en 2010 aux Bouffes du Nord, la vision épurée et dynamique du grand metteur en scène de l’opéra de Mozart est à nouveau sur la scène de son théâtre d’origine. Une version vraiment magique de la flûte où musique et décor à la fois épurés et réinventés laissent toute la place au jeu et aux voix magnifiques de leurs jeunes interprètes.

Créée pour le festival d’automne, il y a près de trois ans, aux Bouffes du Nord cette « Flûte enchantée » de Peter Brook est sur le point de se jouer encore à guichets fermés tout le mois de juillet. Alors que musique (chant en allemand) et texte (en français) sont condensés sur un piano, les voix et 1h30 de spectacle, cette adaptation du dernier opéra de Mozart par Peter Brook, Franck Krawczyk et Marie-Hélène Etienne trahit pour mieux mettre en valeur les beautés de ce petit bijou de la culture occidentale. Là où la plupart des mises en scènes récentes de la « Flûte » (que ce soient les géométries colorées de Robert Wilson ou le graphisme habité de William Kentridge) révèrent l’Opéra en redoublant l’effet solennel de son symbolisme, cette version courte, enjouée, portée par une troupe jeune (en fait deux équipes qui se relaient avec un changement le 15 juillet) semble renouer avec l’énergie mutine et le rêve d’enfance que propose Mozart.

Musicalement, le résultat est très probant; seul au piano, le génial Rémy Atasay (Vincent Planès après le 14 juillet) joue les démiurges à la place de tout un orchestre. Et c’est pour mieux mettre en valeur les voix, qui suivent, dans la concentration et l’émotion. Parfois, les airs se transforment en duo et les voix jouent le rôle même de l’orchestre. Et c’est magnifique. Jouer la flûte sans aucun bois est bien difficile… Et pourtant ! Le poignant « Ah Ich Fuhl’s » de Pamina (Anne-Emmanuelle Davy jusqu’au 15 juillet) déchirée par le silence de son promis fonctionne presque mieux simplement souligné d’un trait de piano. Et la colère de la reine de la nuit (hier, l’excellente Malia Bendi Merad) semble plus réelle et plus lucide quand elle s’énonce dans le quasi-silence.

Du coup, entre les tours de chant, Brook ne prévoit pas de récital, mais du jeu, du vrai, mené d’un pas de danseur par une sorte de personnage coryphée qui bat le rythme de la pièce : Abdou Ouologuem. Entre deux tours de chants, Papageno (hier, Virgile Frannais) s’en donne à cœur joie dans le rôle bouffe de l’oiseleur. Brook pousse la farce jusqu’au dessous de la ceinture, légèrement, mais avec assez d’insistance pour que le côté empesé de l’opéra soit cassé. Pas nécessairement habitué au lyrique, ne sachant pas toujours qu’il faut applaudir après un air bien mené, le public retombe tout simplement en enfance, et s’en donne à cœur joie quand Papageno fait le pitre, pour avoir la gorge qui se serre quand il croit que Pamina va mourir de chagrin.

Le minimalisme de la musique est rehaussé par celui de la mise en scène. C’est une flûte « pieds nus », avec pour seuls décors des bambous et une caisse roulante, que nous propose Peter. Et pourtant, avec si peu il suggère mieux que personne la quête de la sagesse, et aussi celle de l’amour et de la vie. Grâce à un subtil jeu de costumes, aux corps mouvants et presque dansants des comédiens, grâce aussi à un jeu de lignes géométriques et de lumières, tout est dit, avec subtilité, à l’arrière plan de la musique qui tient encore et toujours le premier rôle.

Iconoclaste toujours, mais tout en souplesse, Peter Brook poursuit dans cette Flûte, le travail qu’il avait amorcé quand il avait vidé  l’aventure commencée avec la mise en scène d’une Carmen de Bizet vidée de son mythe orientaliste hispanisant et capiteux, au début des années 1980. En se réappropriant la « Flûte enchantée » de Mozart, en le dénudant et en le modifiant, Brook reste néanmoins fidèle aux mélodies et à l’énergie du l’opéra qu’il amène vers un public ravi, de 7 à 117 ans…

Un must de l’été pour lequel les parisiens devraient vite, très vite, prendre ses places.

« La flûte enchantée », d’après WA Mozart, mise en scène : Peter Brook, adaptation de Peter Brook, Franck Krawczyk et Marie-Hélène Etienne, avec Abdou Ouloguem, piano : Rémy Atasay/ Vincent Planes (en alternance), 1h30. Voix : Du 28 juin au 15 juillet : Malia Bendi Merad et Leila Benhamza (en alternance), Anne-Emmanuelle Davy, Antonio Figueroa , Virgile Frannais , Betsabée Haas , Alex Mansoori  et Vincent Pavesi. Du 16 au 31 juillet Dima Bawab, Malia Bendi Merad et Leila Benhamza (en alternance), Thomas Dolié, Betsabée Haas, Alex Mansoori, Roger Padullès et Vincent Pavesi.

(c) Pascal Victor

Infos pratiques

Odéon Théâtre de l’Europe
Les Gémeaux
theatre_bouffe_du_nord

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Soutenez Toute La Culture