Opéra

Un « Jephta » de Handel divinement orchestré et chanté à l’Opéra Garnier

Un « Jephta » de Handel divinement orchestré et chanté à l’Opéra Garnier

14 janvier 2018 | PAR Yaël Hirsch

William Christie et ses Arts Florissants redonnent vie et grâce au dernier oratorio de Handel, Jephta (1752) jusqu’au 30 janvier 2018. Un chef d’œuvre de plus de trois heures de musique encore sublimé par un chœur et un orchestre d’une précision éblouissante et par des solistes merveilleux dont Ian Bostridge dans le rôle-titre et Katherine Watson, véritable révélation en fille sacrifiable. Si vous aimez la musique baroque, elle atteint ici des sommets… Envers et contre une mise en scène plate et un peu ridicule signée Claus Guth. 
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Parti pour mener une guerre difficile, le juge Jephta (Ian Bostridge de plus en plus fluide et impressionnant à mesure que ses airs défilent pour culminer dans un « Open thy marble jaw » juste sublime) trouve la victoire et promet aux dieux de sacrifier la première personne qu’il verra en rentrant chez lui. Or, il est accueilli par sa fille, la pure Iphis (Katherine Watson dont la voix parfaite brille au firmament tout au long de l’oratorio aussi bien dans les duos avec Tim Mead, qui joue son promis, que dans le rêveur « The smiling dawn of happy days » et le tragique « Farewell, ye limpid springs and floods). C’est le cœur brisé qu’il demande aux prêtres de ligoter son unique enfant…

On avait par l’étang à clapotis dans Lohengrin et la space odyssée de La Bohême avait défrayé la chronique et divisé l’opinion  (lire notre article). Pour cette troisième mise en scène à l’Opéra de Paris en moins d’un an, Claus Guth perd son pari quand il prend le parti littéral de plonger Jephta dans l’obscurité, alors que Handel a perdu la vue au moment où il travaillait sur la partition. Ajoutez à cette pénombre glacée une table fixe, des grandes lettres un peu kitsch qui bougent, à temps quelques corps épars, un décor de ville en carton-pâte, une projection brouillardeuse, des vêtements gris ensanglantés, un vaisseau jaune, une héroïne qui lève toujours les bras et un ange avec des ailes qui ne passent pas la porte de la coulisse … vous avez là un un mélange informe vaguement inspiré d’une esthétique pré-raphaélite assez vaine et largement huée lors de la première. Heureusement, Ian Bostridge a de faux airs de David Bowie et les deux jeunes chanteurs ont de beaux visages d’anges (sans ailes).

Mais avant tout et surtout, William Christie, avec une énergie folle et ses musiciens des Arts Florissants transforment le spectacle en moment d’anthologie. Tout est fluide, vif, spirituel, on est entraîné de la première à la dernière note. Au centre de la partition et acteur central dès de début depuis la scène et parfois la fosse, le choeur incarne les Hébreux avec une telle foudre qu’on se croit souvent dans une oeuvre purement religeiuse. Enfin, aux côtés du grand trio de chanteurs, Marie-Nicole Lemieux est une Storgé (la mère éplorée d’Iphis) puissante et simplement parfaite dans les deux airs de contralto « Scenes of horror, scenes of woe » et « First perish thou » tandis que Philippe Sly ouvre l’oratorio avec douceur et que le contre-ténor Valer Sabadus est un « angel ex-machina » au timbre parfait. Ce samedi 13 janvier 2018, c’est à tout rompre que cette magnifique production musicale de Jephta a été applaudie. Un moment de perfection et de musique ancienne renouvelée à entendre avant le 30 janvier.

Photo © Jonathan Sullam

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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