Opéra

Eve Christophe nous parle d’Hellébore à l’Opéra de Limoges

Eve Christophe nous parle d’Hellébore à l’Opéra de Limoges

03 décembre 2019 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Le programme d’Hellébore est une création musicale de Philippe Forget, sur une commande de l’Opéra de Limoges pour OperaKids. Ce concert est un oratorio fantastique. Il sera joué à l’Opéra de Limoges le samedi 21 décembre à 20h et le dimanche 22 décembre à 15h. Eve Christophe, responsable artistique et pédagogique d’OperaKids et coach vocal nous parle de ce programme qui comporte également Ma Mère l’Oye de Maurice Ravel.

Commençons par le choix de cette création que vous comparez volontiers au Petit Prince. Qu’est-ce qui sera donné les 21 et 22 décembre à L’Opéra de Limoges?

Héllebore est un conte musical symbolique se déroulant au pays des sycomores où règnent le satrape et l’ensorceleuse (deux êtres de pouvoir, perfides et maléfiques). Apeurés de voir leur règne se finir, les deux cruels souverains avant de s’évanouir entre deux mondes décident d’enlever les enfants de ce pays afin de désigner celui dont l’esprit sera asservi par leur maléfice, et règnera tel un pantin pris par le sortilège de la peur. Les enfants seront alors confiés au chat chambellan (séduisant personnage au double visage) et passeront en sa trouble compagnie des portes magiques représentatives d’un parcours d’introspection initiatique partant à la recherche d’eux mêmes. Un conte musical pour six solistes enfants et deux adultes, comédien, chœur d’enfants et adultes et orchestre sous la baguette de Philippe Forget auteur compositeur de cette oeuvre remarquable.

Est-ce que pour ce programme, il y a une fusion des âges et des arts ?
Philippe Forget a donc choisi une distribution en corrélation avec les personnages d’Héllebore. L’âge du personnage et de son interprète sont similaires. Nana Cerise par exemple représente la petite fille spontanée et fleur bleue de la petite enfance. Théophane ou la transition de l’enfance à l’adolescence est plus sceptique, et se définit son libre arbitre. Cléobule , quatorze ans est en pleine rébellion, personnage à contre courant ; Et bien d’autres encore …

D’ailleurs, vous êtes responsable artistique et pédagogique d’OperaKids, dont nous avons déjà longuement parlé sur Toute La Culture. Comment percevez vous l’évolution des enfants au cours du projet ?

Le travail de la voix et de la parole est travaillé à travers plusieurs dimensions dans les ateliers. Tout d’abord en tant « qu’être récepteur », puis « être émetteur » et enfin « être transformateur ». Même chemin que pour Héllébore, c’est un travail d’introspection de notre matière corporelle, de notre relation au son avant même de songer à « chanter ». La voix étant une fabuleuse cristallisation de tout ce que nous sommes, une contrée à découvrir en se découvrant par la même occasion. L’évolution se fait individuellement dans le collectif. Car chaque enfant est singulier, unique, et c’est à moi d’adapter des méthodes en fonction du besoin de chacun, et d’apporter des outils permettant une meilleure « gestion de soi, nécessaire à la gestion de la voix ». Il n’est plus à prouver « l’impact sonore » reçu ou émis que ce soit de façon corporelle, émotionnelle ou mentale. J’observe alors le développement du sentiment de sécurité, de confiance en soi et en l’autre, d’enracinement et de présence à soi. N’oublions surtout pas la base de l’ apprentissage, le « plaisir » vécu, transmis et renouvelé, fondation de toute méthode. Il y a beaucoup de rires, et de joie dans les ateliers!

Quelle est la tranche d’âge des enfants participant au programme OperaKids?

Les enfants rentrent dans le projet dès l’âge de six ans, notre aînée en a quinze. En délocalisation, nous commençons dès l’âge de trois ans.

Souhaitez vous que cela évolue ?

Le projet ne peut être qu’en perpétuelle évolution, car il est fondé sur le principe des vases communicants, nous transmettons notre expérience artistique et scénique et les enfants font évoluer notre institution culturelle qu’est l’opéra. Ils nous permettent sans cesse d’analyser le cadre du projet et de le faire évoluer, les idées fusent et nos équipes (artistiques, techniques, administratives), sont toutes très engagées dans le projet, j’insiste sur le fait qu’un tel projet ne puisse fonctionner que par l’osmose des forces vives de notre institution. D’ailleurs dans la lignée d’OpéraKids, un nouveau projet verra le jour dès janvier 2020, en lien avec la DIRECCTE Nouvelle Aquitaine, « un chant, une chance », ou l’accompagnement vers l’insertion professionnelle par un travail scénique, artistique et pas que… Un travail également synergique entre cap emploi, mission locale, le PLIE, le CIDEFF et l’Opéra, une belle aventure à venir…

Vous êtes également coach vocal et votre travail dépasse celui sur la voix. Parlez-moi de vos axes philosophiques et émotionnels.

Je suis un clown dans l’âme avec tout ce que cela implique d’espièglerie de rêve de partage et de codes sans cesse revisités.
La mixité sociale est un axe important inhérent à mon éthique, et la musique est un véritable tremplin permettant de faire tomber ces barrières. « l’humain » est mon socle, « la joie » mon énergie, la « détermination » mon engagement au service de projets culturels ayant un sens et « une essence », c’est le cas « d’Operakids », et également auparavant de « de cendre et d’or » auquel l’Opéra de Limoges m’a demandée de mettre une pierre à l’édifice. Etant déjà dans cette même lignée dans différents projets à Bordeaux, j’ai tout de suite accepté, car la cohésion de groupe de travail de cet opéra (consortium dynamique humain et novateur ) m’a tout de suite séduite.

Est ce que Héllebore est appelé à avoir une vie après Limoges ?

Héllébore est une création et je lui souhaite longue vie, je suis émerveillée du travail de Philippe Forget, autant sur l’écriture que la composition, fournie et profonde, les oeuvres créées ne nous appartiennent pas, elles sont faites pour voyager…

Vous définissez-vous comme une militante de la culture ?

Je ne parlerai pas de moi mais de l’Opéra…Une « maison d’Opéra » aujourd’hui ne se réduit pas à la production artistique et culturelle, elle a un rôle fondateur de transmission, de valeurs à véhiculer, un rôle à jouer au sein de la cité. Elle est porteuse de projets mais est également avant tout engagée dans une démarche d’une culture de partage, humaine tout en gardant l’optique de l’excellence.

Visuel : autorisation d’utilisation ©Opéra de Limoges

 

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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