Opéra

Des Noces version couture à Strasbourg

Des Noces version couture à Strasbourg

23 octobre 2017 | PAR Gilles Charlassier

Après une ouverture de saison festive, et la création Kein Licht de Philippe Manoury présentée par Musica, l’Opéra national du Rhin donne une nouvelle production des Noces de Figaro de Mozart, inscrite par Ludovic Lagarde dans le monde de la haute couture.

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Si les grands classiques du répertoire ont l’avantage de garantir la billetterie, en programmer une nouvelle mise en scène peut constituer une gageure au regard de la pléthore de lectures déjà proposées. Par chance, Le Nozze di Figaro relèvent de cette catégorie d’ouvrages instinctivement théâtraux, qu’il est presque impossible de rater : la comédie sociale de Beaumarchais, revisitée par Da Ponte et Mozart, tiennent pour ainsi dire de la bénédiction pour les planches, quelles qu’elles soient. Le travail de Ludovic Lagarde place Broglie le vérifie.

Le français peut ainsi se permettre de transposer les pastels dix-huitième dans l’asepsie anthracite de panneaux minimalistes – dessinés par Antoine Vasseur – suggérant les coulisses d’une maison de haute couture, où les rapports entre les sexes, entre sentiments et domination, sont censés être rafraîchis. Dans une épure scénographique attachée à une relative crédibilité réaliste, les costumes imaginés par Marie La Rocca, avec la complicité de Cécile Kretschmar à la coiffure et au maquillage, jouent d’une ambiguïté des genres qui peut évoquer le Berlin des Années Folles, à l’image de la coupe à la garçonne arborée par Susanna, et de sa robe fluette qui contraste avec la crinoline de la Comtesse – sans doute un reflet vestimentaire de l’opposition des conditions sociales et matrimoniales. L’androgynie juvénile de Cherubino répond aux attendus, tandis que Basilio surprend avec coiffe et garde-robe féminines pour surligner une orientation sexuelle non mentionnée par le livret, si ce n’est un « chacun ses goûts » sans doute sur-interprété. A défaut de renouveler significativement le regard sur l’ouvrage, le spectacle investit dans l’accessoire, comme ces maisons de mode en mal de profits à court-terme.

Avec un timbre onctueux et une émission vocale qui rappellent Peter Mattei, Andreas Wolf séduit en Figaro qui sait tirer parti de ses atouts d’acteur, sans avoir besoin de forcer le trait, et fait pardonner une homogénéité de la tessiture ça et là perfectible dans les aigus. Lauryna Bendzi?nait? résume une Susanna fruitée, idéalement soubrette, nettement plus à son aise que Vannina Santoni en Comtesse. En pleine possession de ses moyens, Davide Luciano appuie passablement l’autorité rustaude d’Almaviva. Catherine Trottmann affirme un Cherubino délié. Marie-Ange Todorovitch se glisse avec naturel dans la défroque de Marcellina, sans les artifices parfois entendus dans le rôle, aux côtés du Bartolo honnête d’Arnaud Richard. Gilles Ragon assume l’emploi de caractère qu’est Don Basilio. On mentionnera encore l’innocence d’Anaïs Yvoz en Barbarina, ainsi la gouaille mesurée du Curzio de François Almuzara et celle, un peu plus justement débraillée, de Dominic Burns en Antonio. Préparés par Sandrine Abello, les chœurs remplissent leur office, quand la direction de Patrice Davin encourage les pupitres de l’Orchestre symphonique de Mulhouse à faire vivre les subtilités expressives de la partition de Mozart.

Les Noces de Figaro, Mozart, Strasbourg, mise en scène : Ludovic Lagarde, jusqu’au 31 octobre 2017, et les 10 et 12 novembre 2017
©Klara Beck

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Gilles Charlassier

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