Opéra
Des Boréades éblouissantes à l’Opéra de Dijon

Des Boréades éblouissantes à l’Opéra de Dijon

27 mars 2019 | PAR Yaël Hirsch

Avec Emmanuelle Haïm à la tête de son Concert d’Astrée, des voix sublimes et une mise en scène en blanc de Barrie Kosky, les Boréades de Rameau rendent hommage à l’amour et au baroque française.

La reine de Bactriane, Alphise (sublime Hélène Guilmette (lire notre interview)doit épouser un descendant de Borée si elle veut rester sur le trône. Mais c’est Abaris (Mathias Vidal) qui détient son cœur. Bravera-t-elle Borée (Christopher Purves) et la loi de sa famille pour suivre sa flamme? Réponse en 5 actes où chants et danses opposent l’allégorie de la loi à celle de l’amour avec grâce.

Merveilleusement dirigé par Emmanuel Haïm, le Concert d’Astrée livre un Rameau tout en nuances et haut en couleurs.

À temps très vif, le rythme laisse aussi au public le temps de respirer avant de replonger dans la matière soyeuse de la musique. Spatialisées dans la deuxième partie pour nous envelopper entièrement les voix saisissent, impressionnent et charment. Les chœurs du Concert d’Astrée atteignent la perfection. Du début à la fin, les accords du duo Hélèn Guilmette/ Mathias Vidal forcent l’admiration: la chanteuse canadienne nous retient complètement captif dès son premier air « un horizon serein », le duo nous bouleverse à la fin du deuxième acte, et le mot de la fin revient à Mathias Vidal avec « L’amour embellit la vie ».

A leurs côtés, en nymphe mutine et porteuse de la fameuse gavotte « C’est la liberté qu’il faut que l’on aime », Emmanuelle de Negri danse aussi bien qu’elle chante et dégage un charisme puissant. En Adamas et Àpollon, aussi bien à visage découvert que sous un masque aux oiseaux saisissant, Edwin Crossley-Mercer nous enveloppe de son timbre chaud dans une diction parfaite : « L’aurore a fait son cours » est un moment d’autorité suave. Enfin, en Borilée, Yoann Dubruque fait entendre avec majesté le son de la loi du royaume. Un respiration du devoir, que Christopher Purves exprime par un souffle inaugural en Borée.

Du côté de la mise en scène, l’australien et directeur artistique du Komisches Oper de Berlin, Barrie Kosky, a fait le choix de l’épure avec une scénographie très graphique : un parallélépipède central qui se ferme pour devenir mur blanc de projection. Et qui s’ouvre pour devenir scène. Du coup, avec leurs costumes et leurs mouvement ce sont les chanteurs, les chœurs et les danseurs qui font tout le décor. C’est une riche idée que de les voir tous bouger, notamment quand, dans la deuxième partie l’ambiance se fait plus expressionniste, à grands renforts de jeux d’ombres, de cendres sur scène ou de mains qui s’allongent de gants noirs griffus. Ça bouge d’ailleurs tellement tout le temps et on n’a tellement pas le temps de s’ennuyer en 3 heures de musique baroque, qu’on apprécie la pause finale où sur le dernier moment musical, l’on assiste simplement à la fermeture lente de la structure centrale.

Un spectacle inspiré, qui magnifie Rameau et ses allégories et qui permet de redécouvrir ces Boréades, leurs airs, leurs intermèdes comme un combat courageux qui résonne encore aujourd’hui.

Note : Après Dijon, retrouvez cette version des Boréades au Komisches Oper de Berlin, qui l’a coproduite

visuel : Gilles Sabbegh

Infos pratiques

Maison de l’Amérique Latine – Strasbourg
Musée des Plans-reliefs
Elodie Martinez
Après une Licence de Lettres Classiques et un Master en Lettres Modernes, Elodie découvre presque par hasard l'univers lyrique et a la chance d'intégrer en tant que figurante la production du Messie à l'Opéra de Lyon en décembre 2012. Elle débute également une thèse (qu'elle compte bien finir) sur Médée dans les arts en France aux XVIIe et XVIIIe siècles, puis, en parallèle d'un stage dans l'édition à Paris, elle découvre l'univers de la rédaction web et intègre l'équipe de Toute la culture où elle participe principalement aux pages d'opéra, de musique classique et de théâtre. Elle a aussi chroniqué un petit nombre de livres et poursuit l'aventure une fois rentrée sur Lyon. Malheureusement, son parcours professionnel la force à se restreindre et à abandonner les pages de théâtre. Aujourd'hui, elle est chargée de projets junior pour un site concurrent axé sur l'opéra, mais elle reste attachée à Toute la culture et continue d'être en charge de l'agenda classique ainsi que de contribuer, à moindre échelle, à la rédaction des chroniques d'opéra.

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