Humour

Deux standing ovations pour « Maxime Gasteuil arrive en ville », au Théâtre de la Tour Eiffel

Deux standing ovations pour « Maxime Gasteuil arrive en ville », au Théâtre de la Tour Eiffel

16 janvier 2020 | PAR Geraldine Elbaz

Après avoir déjà bien rôdé son spectacle depuis 2018 à l’Européen, au République et en tournée notamment, Maxime Gasteuil continue de nous faire pleurer de rire au Théâtre de la Tour Eiffel avec un one-man parfaitement maîtrisé, très bien rythmé et surtout désopilant! Rencontre avec un humoriste aussi talentueux, qu’humble et gentil.

Malgré les grèves, le spectacle affiche complet tous les soirs et c’est dans une salle comble que nous avons assisté au show de Maxime Gasteuil, véritable boule d’énergie sur scène, heureux de partager avec son public les anecdotes truculentes qui l’animent sur la vie parisienne, tout en contraste avec son Sud-Ouest natal.

Rares sont les spectacles humoristiques qui démarrent et se terminent en standing ovation, nous avons voulu en savoir plus sur ce nouveau phénomène de l’humour.

Maxime Gasteuil arrive en ville est votre deuxième spectacle. Originaire de Saint-Emillion, vous nous racontez votre arrivée à Paris et vous vous amusez avec beaucoup d’autodérision des différences entre Paris et la province. Comment avez-vous construit votre spectacle?

Mon premier show qui était une sorte d’atelier-humour, de « fourre-tout », m’a permis d’apprendre beaucoup et dans lequel dix minutes du spectacle étaient consacrées à ce thème Paris/Province. Quand j’ai rencontré mon metteur en scène et co-auteur Edouard Pluvieux, je lui parlais souvent des regrets et des problèmes auxquels je me suis heurté en arrivant à Paris. Dans l’écriture c’est venu de manière instinctive, tout ce qui a été compliqué pour moi au début, tout ce stress, cette mauvaise énergie, ça m’a permis la création d’un spectacle d’humour avec ces codes nouveaux, où les parisiens peuvent être parfois condescendants – même si je ne leur en veux pas – quand on est provincial avec un accent, issu d’un petit village.

Après je suis devenu parisien, j’ai eu beaucoup de travail, le spectacle s’est mis à marcher, j’ai été happé complètement. J’adore Paris mais j’aime retourner en province pour prendre un bon bol d’air, garder les pieds sur terre et continuer à écrire aussi.

Sur scène vous avez une énergie débordante : vous carburez à quoi?

Les gens pensent que je me drogue mais non (rires) je bois du Coca … Rouge! Quand j’ai beaucoup de stress dans les grandes salles, je me sens toujours un peu fatigué avant de monter sur scène et il peut m’arriver de boire du Red Bull car le stress ça fatigue.

Vous avec le trac avant chaque représentation ?

Oui, mais c’est important je pense. Bon je me sens bien ça va, je ne suis pas en boule sur les wc en train de crier mais c’est un bon stress qui me permet de rester focus sur le show, c’est un stress de concentration. Le public m’attend, je n’ai pas le droit à l’erreur. C’est moteur, je suis impliqué donc forcément je veux que ce soit bien. C’est comme pour un oral à l’école, quand on a peur de le rater.

Même après de nombreuses représentations où le public répond présent ?

L’enthousiasme et la joie des gens qui viennent me voir, ça galvanise mais justement c’est encore pire car avant ils n’avaient pas d’attente et là il faut les convaincre surtout avec tout ce qu’ils voient sur les réseaux. Ce qui revient souvent c’est que le show est plus fort que les vidéos. Ce qui me plaît c’est de les drainer grâce à ça et de leur montrer le spectacle. Ma vie c’est ça et j’ai envie de partager ça avec eux. Je suis vraiment content qu’ils viennent et je n’ai surtout pas envie de faire un best-of des vidéos pour que le public se dise « on a payé 35 balles et le mec nous prend pour des cons ». Avec le show, ils retrouvent Maxime Gasteuil dans son histoire, plus dans Zara, les prénoms à Paris et les conneries comme ça quoi.

Au niveau de la rythmique du spectacle, vous avez un débit hyper rapide, il n’y a pas de temps mort, on est embarqué. Est-ce que cela vient de vous ou des cours de théâtre?

C’est mon débit avec mon élocution. Mon metteur en scène m’a conseillé de prendre mon temps mais comme je n’y arrive pas, c’est un peu ma signature, je parle vite mais ça reste compréhensible. Et moi une fois que je suis lancé, le public me donne tellement que je n’ai pas envie de m’arrêter. Dès le début du show le public est debout, ce n’est pas le public et l’humoriste : on passe une soirée ensemble. C’est un moyen communicatif de leur dire qu’il n’y a pas de quatrième mur. Ce spectacle, je le dis souvent, c’est comme au digestif après un diner avec un pote en bout de table qui va nous raconter des conneries jusqu’à 4h du mat. C’est convivial et intimiste.

Vous entamez votre troisième année avec votre one-man. Le spectacle a évolué depuis 2018, est plus abouti, mieux rôdé. Quelle est la part d’impro dans le show?

Avant j’avais tendance dans mon premier spectacle à mélanger un peu tous les sujets et c’était assez désorganisé pour le spectateur. Mon metteur en scène, qui a fait 27 one-man dans sa vie, m’a conseillé d’apprendre mon show par coeur pour pouvoir mieux improviser dessus après. L’impro n’est jamais là au même moment dans le spectacle parce que cela dépend du public et de leurs réactions mais moi je sais toujours où j’en suis. Le public est un peu comme moi, un peu chelou (rires), ils sont tellement contents d’être là qu’ils peuvent venir sur scène se mettre à danser, c’est vivant quoi.

Vous nous parlez de la vie parisienne, de celle en province, les anecdotes fusent via votre prisme où rien ne vous échappe, vous analysez et décortiquez les comportements entre autres des parisiens, des bobos, des instagrammeuses, des vegans en mode voyelles parce qu’ils n’ont plus de forces, votre compte instagram d’ailleurs nous sert des pépites sur un plateau d’argent avec vos stories et vidéos, la prochaine étape c’est le film, pourriez-vous nous en dire plus?

Quand j’ai commencé ce spectacle au début je l’ai imaginé comme un film. On est en train de faire aussi avec les Editions Laffont Le guide du provincial qui débarque à Paris, car c’est le guide que j’aurais aimé qu’on me donne quand je suis arrivé Gare Montparnasse de Saint-Emillion au tout début, avec des conseils de choses à faire, à voir. C’est sans prétention, juste des idées de sorties où on adore aller avec mon groupe de potes.

Et avec le film c’est pareil, j’avais envie d’aller au-delà du show qui a une vraie amplitude et efficacité au niveau de l’audience, j’ai envie de parler de la pudeur de province qui t’amène à Paris complètement naïf et idiot car tu n’es pas prêt à vivre ça, de la différence qu’il y a entre l’amitié, l’amour, le rapport aux gens et en dehors d’un film marrant, je veux montrer ce qu’ont vécu les gens selon l’endroit où ils se trouvent. C’est évidemment assez autobiographique et l’idée est de leur dire de vivre comme ils en ont envie, sans juger.

Moi j’ai souvent jugé les parisiens, que je trouvais un peu condescendants dans leur microcosme. Aujourd’hui je vis ici et il y a des gens adorables.

Les filles à Paris se protègent plus qu’en province car il y a 25 relous par jour qui les accostent et les traitent de putes, et je me mets beaucoup à leur place, j’ai une petite soeur et ce film va beaucoup parler de ça.

Pourquoi on en vient là? Parce qu’on vient tous d’un univers différent et on n’a pas tous le même rapport aux choses.

Le film a un spectre plus large et permettra aussi à ceux qui ne peuvent pas aller au théâtre d’y avoir en quelque sorte accès. Surtout aujourd’hui avec les grèves, tout le monde ne peut pas se permettre de prendre un taxi pour aller au théâtre, d’aller au restaurant en sortant et de rentrer en taxi.

Le show montre ce que j’ai vécu quand je suis arrivé à Paris et je n’ai pas envie de passer pour un provincial, je déteste ce mot. Le mot parisien c’est pareil, ça ne veut rien dire, ce n’est pas juste des gens qui mangent des graines et qui font du vélo sans frein, il y a aussi des gens qui adorent aller chasser, manger de la viande rouge avec un verre de vin, ils ne sont pas tous dans les graines de chia et le sans gluten et si ca leur convient, c’est très bien. Je ne juge pas, je constate. Mais surtout ne pas faire d’amalgame.

J’ai vu aussi que vous parliez espagnol, vous avez le projet de présenter votre spectacle dans cette langue?

Oui, ma mère est espagnole et je parle la langue mais pas couramment. On en avait parlé avec mon producteur Benjamin Demay car tout le monde est sur l’anglais et il y a plein de pays où on pourrait jouer le show en espagnol.

Un peu comme Gad Elmaleh qui est parti aux Etats-Unis, le challenge serait de jouer à Santiago de Cuba! Le mec qui débarque devant 100 pélos et qui essaie quoi.

Ce dont je parle va dans le monde entier, c’est transposable dans plein de pays avec ce rapport capitale/ ville de province. Mes grands parents par exemple viennent de la campagne espagnole avec les agriculteurs et à Madrid, on a les gens de la haute avec les pulls Ralph Lauren sur les épaules et mocassins.

Edouard Pluvieux a co-écrit le spectacle avec vous, il est aussi votre metteur en scène, comment vous êtes-vous rencontrés?

Peut-on ajouter Edouard Pluvieux #génie?

Au delà du boulot, c’est un vrai ami. Il a co-écrit le spectacle Tout est possible avec Gad Elmaleh et Kev Adams en duo et moi j’étais en première partie. Edouard était pote avec mon producteur et il a adoré le show. On s’est rejoint chez lui pour discuter. C’est avec lui d’ailleurs qu’on a fait les vidéos de VINTED sur Instagram.

Les bonnes vannes c’est du vécu mais un co-auteur, il faut qu’il soit ton ami, je ne pourrais pas travailler autrement.

On s’est même associés avec Edouard et Benjamin (Varion Production) pour le cinéma et plein d’autres projets.

A la fin du spectacle, vous encouragez le public à poursuivre ses rêves quelques soient les difficultés, c’est un beau message. Souhaitez-vous ajouter quelque chose?

Oui, c’est un peu comme le livre que j’aurais aimé qu’on me donne en arrivant à Paris, je leur dis ça car moi on ne m’a pas encouragé, bien au contraire, on me disait ton show ça ne marchera pas, c’est vu et revu. C’était dur aussi pour mon entourage en province qui me voyait rentrer, pas très épanoui… J’ai passé cinq années compliquées. Je suis à Paris depuis 2013 et le premier show a démarré en 2016-2017, le deuxième date de 2018 et il cartonne, mais avant c’était les cours Simon, j’ai fait aussi une pièce de théâtre 1, 2, 3, sardines avec des potes du cours Simon et c’était la première fois de ma vie qu’on était complet tous les soirs! Ca m’a galvanisé, ça m’a permis de croire que c’était possible. En même temps je jouais mon premier one-man, mais là il y avait deux payants dans la salle…

Cela ne m’a pas découragé pour autant, j’y croyais et je continue à y croire. Depuis j’ai rencontré mon producteur qui y croit encore plus que moi et Edouard c’est pareil, c’est super pour moi, il ne me reste plus qu’à écrire des vannes et à faire le con. Tout ce qui m’importe aujourd’hui c’est de faire rire les gens et de faire en sorte qu’ils aillent bien. C’est l’histoire de ma vie, j’ai toujours été comme ça.

Êtes-vous épanoui aujourd’hui?

J’ai énormément de chance de tout ce qui m’arrive et j’en ai conscience, c’est aussi une immense fierté de mon entourage. Le 14 décembre, j’ai fait mon premier Zénith à Bordeaux avec 5000 personnes, mon père y était et se disait que j’avais raison d’y croire et de persévérer!

Un petit mot sur Tom Villa, votre première partie?

Oui c’est un ami, il est très talentueux. Ça fait 12 ans qu’il fait ce métier, il a été auteur pour plein d’humoristes connus, comme Jérôme Commandeur ou Canteloup, il a fait de la radio, de la télé, une mini série, Sans mensonges dans laquelle j’ai joué. En ce moment il travaille sur la série Munch avec Isabelle Nanty. Il est venu quelques fois grâce à Jeff Panacloc qui me faisait faire les premières parties et depuis un an, on a le même producteur et il travaille avec Edouard, il est rentré dans la famille! Il a commencé la semaine dernière son show au République, ça cartonne et j’invite tout le monde à aller le voir! Si je devais le résumer en deux mots je dirais : chic et efficace.

Nous on dit chapeau l’artiste et ce n’est qu’un début!

Crédit photo : (c) Laura Gilli et affiche du spectacle

Maxime Gasteuil arrive en ville

Au Théâtre de la Tour Eiffel jusqu’à fin mars 2020 et en tournée dans toute la France

Toutes les infos sur :

https://www.maximegasteuil.fr/

Durée: 1h30

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Geraldine Elbaz
Passionnée de théâtre, de musique et de littérature, cinéphile aussi, Géraldine Elbaz est curieuse, enthousiaste et parfois… critique.

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