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Face à la mère: Un océan entre deux terres

Face à la mère: Un océan entre deux terres

06 mai 2022 | PAR Jacques Emmanuel Mercier

L’arrachement, celui à une terre, à une mère. La douleur, la beauté, le deuil, Jean-rené Lemoine nous offre Face à la mère un texte merveilleux, en ce moment au théâtre de La Tempête à la cartoucherie de Vincennes.

Un parcours depuis la terre mère

Lorsque la mère meurt, c’est le monde qui prend fin. Ce sont les souvenirs qui reviennent, les lieux, les moments, les sentiments. Ce sont les mots de Jean-René Lemoine prononcés par trois acteurs sur scène. Des mots, des beaux mots, de belles phrases qui transportent d’un océan à l’autre. L’auteur nous décrit son départ du pays natal, comme un cahier de voyage, une simple description des lumières de l’ancien aéroport François Duvalier, et l’on sent toute la douleur du monde. Ce sont les descriptions qui touchent le plus. Les lieux de l’enfance, ceux qui restent dans nos têtes, qui font de l’eau salée au bord des yeux.

Face à la mère, c’est ça. Une description durant une heure trente d’un monde qui s’écroule. Celle de la mère qui violente parfois, aime sans savoir aimer. Celle d’une terre qui s’abandonne à la barbarie. C’est une description violente et poétique, un texte qui saigne de l’amour, mais surtout de la douleur. Quelque chose qui doit être dit.

Une mise en scène couleur sable

À la manière d’un de ces vieux plateaux de télévision, seules une batterie, une contrebasse et une guitare électrique sont là sur scène. Nous sommes, au départ, accueillis par les acteurs et les musiciens. Une fois installé, l’on se retrouve plongé dans le noir. L’on est perdu. L’on ne voit pas à 50 centimètres de soi, le noir complet. Les visages des acteurs sont subitement éclairés, ils sont trois à jouer le même rôle. Celui du fils, trois acteurs blancs, pour le récit d’un homme noir. En fond de scène : du sable. Des rideaux blancs nacrés sur les côtés, c’est simple, pourtant, c’est tout ce qu’il faut. Une manière de toucher à l’universel.

Les musiciens jouent le texte. L’on notera la participation du très bon guitariste Lionel Laquerrière, musicien de rock du projet Geysir. Les trois musiciens prennent une place primordiale sans jamais se laisser emporter, sans jamais masquer. Ils accompagnent.

Un personnage pour trois acteurs

L’on compte trois acteurs pour ce rôle de fils meurtri, trois acteurs qui bien que différents complètent un personnage qui tente de soigner la haine, de comprendre, de vivre, peut-être de survivre à cette disparition et tous les souvenirs qu’elle ramène. Ceux du père, de la vieille maison, de ce que fut Haïti, de ce qu’est devenue Haïti. On tient à noter le jeu de Stéphane Brouleaux, puissant, violent, mais si juste dans ce qu’il dégage. Il faut dire que l’histoire dont est tirée la pièce est vraie, Jean-René Lemoine est Haïtien, il a vécu au Zaïre et en Belgique. Il écrit cette pièce qui parle de sa mère, de la recherche de cette femme, de ce qu’elle a été, de ce qu’elle est devenue. Une manière de la connaître pour lui pardonner. Peut-être que le texte est un peu long par moment, mais on aime et ça serait sans doute la seule véritable critique à faire.

Le théâtre de la tempête, nous offre un spectacle que l’on n’oublie pas de si tôt. En un mot comme en cent, c’est puissant. Disponible jusqu’au 15 mai à la cartoucherie de Vincennes, l’on ne saurait vous dire de ne pas y aller.

Visuel : © Gabrielle Voinot

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Jacques Emmanuel Mercier

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