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Drag Race Live s’apprête à reremplir le Casino de Paris

Drag Race Live s’apprête à reremplir le Casino de Paris

11 novembre 2022 | PAR Pascal Gauzes

Devant le succès, aussi plaisant qu’inattendu, le show Drag Race France vient de revenir au Casino de Paris pour deux dates complètes, après une tournée dans toute la France qui n’a pas désemplit depuis début septembre. Si vous l’avez raté, rassurez-vous, petit aperçu à lire pour vous encourager à vous jeter sur les nouvelles dates prévues en février 2023.

Drag Race : le phénomène qui fait bouger les lignes

Rapide mise au point pour celles et ceux qui seraient passé.e.s à côté du phénomène Drag Race France. Ru Paul, iconique drag queen aafro-américaine, lance en 2009 un grand concours télévisé de drag queens aux Etats-Unis. Le principe : des challenges de danse, de chant, d’humour, de mode et bien évidemment, de lip sync (NDLR : « playback » cher à Maritie et Gilbert Carpentier pour les lecteurs n’ayant pas encore une vision « queer » de la vie) qui sanctionnent chaque semaine une candidate et sacrent au bout de multiples semaines de compétition la queen superstar. Le programme rencontre un succès phénoménal, par la nouveauté et par le charisme de son présentateur, Ru Paul himself. Une quinzaine de saisons plus tard et presque autant de pays « ouverts », la version française débarque sur le service public le jour de la marche des fiertés 2022.

Un fracassant succès qui génère une tournée.

France TV programme le premier épisode en troisième partie de soirée le samedi 25 juin, qui remporte un franc succès (plus de 11% de parts de marché) et c’est sur France TV Slash – le bouquet numérique du service public – que le succès sera considérable. Plus qu’un concours télévisé, le programme américain se prolonge aux Etats-Unis, et dans certains pays, par une tournée nationale de toutes les participantes. C’est le cas en France, et, au sortir de l’été, le show Drag Race s’installe pour 3 dates au Casino de Paris, et tourne dans toute le France. Si le programme avait suscité un intérêt presque inattendu, le show lui suscite un engouement inespéré, poussant sa production JUNZI Arts à reprogrammer des dates parisiennes en octobre, puis en novembre, et désormais, officiellement, 5 dates en février 2023 (du 14 au 18 février).

Un hommage bien français au cabaret


Le spectacle version française se veut être un hommage au cabaret. Le spectacle ne faisant pas partie intégrante de la licence, il est librement adapté et interprété selon les pays. Ainsi, c’est sous le nom de Légendaire Cabaret Club que le spectacle se présente (NDLR : LÉ-GEN-DAIRE est le gimmick de traduction utilisé en France pour reprendre le rythme ternaire de l’expression « FOR YOUR LIFE » utilisée par Ru Paul dans la version originale pour décrire le lip sync qui permet de « sauver » l’une des candidates en danger). C’est donc dans un format avec une meneuse de revue : Nicky Doll (NDLR : candidate française malheureuse de la saison 12 américaine, mais de fait, la plus légitime à animer l’émission française) et 10 performeuses – les 10 reines candidates – que le show se déroule.

Des shows très pros…

Nicky Doll ouvre la soirée en arrivant par le public dans un live de Britney Spears. Sa robe à diamants très « toxic » lui colle à la peau aussi bien que le rôle. En effet, si beaucoup avaient pu trouver le costume de Ru Paul un peu grand pour Karl Sanchez (NDLR : état civil de Nicky Doll), on ne peut être que très agréablement surpris par son aisance de show runner. Les 10 reines font ensuite leur entrée, sur Free d’Ultra Naté. En effet être libre de faire ce que l’on veut faire ne sont pas que des paroles dans ce Casino de Paris transformé en temple queer, mais bien une philosophie, même une revendication.

Après le rapide, et non moins désopilant, passage de l’incarnation drag d’une star du 7ème art (Fanny Ardent pour ne pas la nommer), c’est au tour de chacune des reines de se donner à fond dans son numéro. Ces numéros sont clairement divisés en deux parties, souvent marqué par un reveal (NLDR : changement soudain de costume, cher à Arturo Braccheti, pour nos lecteurs attachés aux Carpentier).

La première moitié du spectacle permet de redécouvrir les cinq candidates éliminées en premier (Elips, Lova Ladiva, La Briochée, La Kahena et Kam Huyn) et ne se compose quasi exclusivement que de lip sync. La seconde partie avec La Big Bertha, La Grande Dame, Lolita Banana, Soa de Muse et Paloma, offre un spectacle avec une plus grande diversité de performances. Pas la peine d’en dire plus, il faut garder le mystère, pour vraiment profiter de l’effet de surprise. À l’applaudimètre, c’est évidemment Paloma, la gagnante de Drag Race France Saison 1, qui emporte le show (seule avec Nicky Doll à présenter son « single ») mais force est de constater que toutes ces reines sont rentrées de manière profonde dans le cœur d’un public qui n’est plus à convaincre, mais qui se laisse emporter encore plus loin et encore plus fort.

Si la mise en scène se veut minimale (un grand écran diffusant des montage vidéos souvent très léchés), on est impressionné par la qualité et la beauté des costumes. Le show joyeux prend ainsi une allure très professionnelle. La qualité est définitivement actée par la présence de six danseurs. Leurs corps totalement réifiés bousculent les quelques codes qui restaient à mettre en branle, sans pour autant suinter la testostérone, et ce malgré l’absence de tucking (NDLR : technique consistant à invisibiliser les parties génitales masculines, technique utilisée par les drags).

Et des intermèdes engagés

Entre les numéros est intercalé un rapide échange entre Nicky Doll et la reine pour rappeler son parcours et son message, car c’est aussi un spectacle engagé sensibilisant sur la diversité de la communauté LGBTQIA+. Si les messages ont leur importance, le trop graveleux ou le trop militant desservent parfois la cause, sans pour autant les faire basculer dans la niaiserie d’un concours de beauté classique.

Pendant un show de près de trois heures avec entracte, la salle est mise sens dessus dessous. Si le show est perfectible sur certains aspects – aspect choral sans numéro à plusieurs voix et donc son côté auto-promotionnel et l’absence, il n’en reste pas moins que l’on passe un excellent moment. Mais, il a surtout l’immense intérêt de donner à l’art drag les lettres de noblesse qu’il mérite, et permet d’ouvrir un peu les esprits sur la communauté LGBTQIA+, dont les quatre dernières lettres ont encore du chemin à parcourir avant d’être intégrées de manière presque aussi fluides que leurs quatre premières grandes sœurs.

Nouvelles dates du 14 au 18 février 2023 au Casino de Paris à réserver dès aujourd’hui ICI

Logo de l’émission et photos spectacle : Nicolas Costy / JUNZI Arts

 

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Pascal Gauzes
Pascal Gauzes est ingénieur agronome et diplômé de SciencesPo Paris, après avoir commencé sa carrière en marketing, il s'est orienté vers le monde de l'art et de la culture en dirigeant une galerie pour artistes émergents et en tant que directeur communication d'un musée parisien. Il collabore avec Toute La Culture depuis presque 10 ans.

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