Danse
Un Lac des cygnes aux ambitions très techniques

Un Lac des cygnes aux ambitions très techniques

24 décembre 2019 | PAR Antoine Couder

C’est parti pour 14 représentations du célèbre « Lac », ici remis en scène avec le Ballet de l’opéra national de Kiev et l’orchestre Hexagone. Une production Valprod pour le Théâtre des Champs Elysées.

Brouiller le tableau amoureux. On connaît évidemment l’histoire. En âge de se marier, le jeune Prince Siegfried s’éprend d’Odette, belle reine transformée en cygne par le machiavélique von Rothbart qui cherche à faire passer Odette cygne blanc pour Odile, cygne noir, accessoirement sa propre fille. Son stratagème n’est pas loin de fonctionner sauf qu’au dernier moment le pot au rose est découvert. En voulant se retrouver, Odile et Siegfried succombent aux maléfices déclenchés par Rothbart, réunis par amour dans l’au-delà. Le thème musical imaginé par Tchaïkovski est toujours aussi connu du public en raison sans doute de sa discrète modernité rehaussant sa tonalité romantique. Et puis la rencontre entre le prince et la reine frappée de malédiction, l’irruption du cygne noir brouillant sans cesse le tableau amoureux sont assurément d’actualité.

Femme zone hybride. Le ballet se déroule en quatre actes. Pour moitié, il s’agit de scènes de château, liesse et danses de salon durant lesquelles premiers solistes et solistes font montre d’une technicité tout à fait saisissante tandis que le corps de ballet peut se déployer en grands mouvements extravertis et colorés. D’abord à son aise tout au long de l’acte 1, Denys Nedak (Siegfried) tout en équilibre compact semble perdre le fil du mouvement face à une Natalia Matsak (Odile) qui étonne de bout en bout, pour les belles variations qu’elle propose en duo et en solo, ses longs bras tendus tout en ondulation faisant du féminin oiseau une zone hybride entre octopode tourmenté et gracieuse fleur de mollusque.

Ordonner le noir et le blanc. Au bord du lac, la chorégraphie se fait plus épineuse, l’extériorité du Palais se faisant ici intériorité, les pas du ballet évoquant le ressac de l’eau et les corps se faisant tristesse voire pénitence, l’espoir tout juste retenu au mouvement fragile d’un tutu plume joliement licencieux. La danse des cygnes blancs parfois transpercée par les saillis des noirs rappelant sans cesse le mouvement mobile/immobile d’un hypothétique devenir femme. La grande réussite de la mise en scène tient, en effet, dans ce jeu du noir et blanc impeccablement ordonné, le premier mécanique et mortuaire, le second constant et docile. Une «pensée» qui décrit l’amour comme un chemin lumineux passant nécessairement dans son initiation par la prédation, la duplicité du noir. Le duo Nedak et Matsak en cygne noir est ainsi raidi par le protocole public du Palais et le parfum de corruption que distille Stanislas Olshanskyi en Rothbart perfide et triomphant. Mine de rien, une petite révélation de cette nouvelle production.

Le Lac des cygnes, Ballet de l’Opéra national de Kiev avec l’Orchestre Hexagone.
14 représentations au Théâtre des Champs Elysées  du mardi 24 décembre au dimanche 5 janvier, Val Prod.

 

Visuel : ©Lac des cygnes DR

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Antoine Couder
Antoine Couder est journaliste. Il est l’auteur de « Fantômes de la renommée (Ghosts of Fame) », sélectionnée pour le prix de la Brasserie Barbès 2018. Son travail explore le lien narratif entre document et fiction et plus particulièrement le thème de la musique, entendue au sens de l’écoute et de l’inspiration qu’elle procure. Il prépare actuellement une biographie de Jacques Higelin (Castor Astral, 2020)

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