Danse

Sylvie Guillem tirera son ultime révérence en 2015: portrait d’une star planétaire

Sylvie Guillem tirera son ultime révérence en 2015: portrait d’une star planétaire

07 novembre 2014 | PAR Nina Farge

Pendant ses 39 ans de carrière, la « star » française de la danse a déjoué les limites qu’on connaissait au corps humain et à la pesanteur. Celle qui avait été nommée Danseuse Etoile de l’Opéra National de Paris à 19 ans en 1984 n’a reculé devant aucun défi, s’envolant bientôt vers d’autres horizons géographiques et chorégraphiques au nez et à la barbe de l’institution française qu’on connaît si policée. Sylvie Guillem fera ses adieux à la danse en 2015: la fin d’un mythe?

C’est l’histoire d’un prodige. Lorsque Sylvie Guillem fait ses premiers pas dans la prestigieuse Ecole de Danse de l’Opéra National de Paris; la jeune fille de 12 ans venue en simple complément d’une formation professionnelle en gymnastique ne soupçonne pas le brillant avenir auquel elle est promise sur les scènes de théâtres internationales.

Les professionnels ne s’y trompent pas cependant: devant les facultés extraordinaires démontrées par l’élève, l’équipe pédagogique propose une rare dérogation d’âge et de procédure à Sylvie Guillem afin qu’elle puisse intégrer l’Ecole de Danse. Sa progression sera fulgurante: recrutée dans le Corps de Ballet de la troupe en 1981, elle est nommée Danseuse Etoile par Rudolf Noureyev himself en 1985. Elle a alors 19 ans. Mais parvenue au sommet, Sylvie Guillem s’ennuie: toujours à court de nouveauté et de défis, elle refuse de se cantonner aux rôles de « belle princesse » et claque plutôt la porte avec fracas pour rejoindre  le Royal Ballet de Londres dès 1989. Du jamais vu: l’institution française, très réglementée, interdit en effet ses danseurs de conclure des contrats à l’étranger.

Sylvie Guillem en répétition avec Ghislaine Thesmar : l’entrée de Kitri dans le ballet Don Quichotte

A Londres, Sylvie Guillem trouve une liberté à la mesure de son ardeur. En tant que « Principal Guest Artist », elle se familiarise avec le répertoire britannique, abordant des oeuvres de Frederick Ashton ou Kenneth MacMillan; mais travaillant également avec des chorégraphes résolument contemporains comme Wayne McGregor, Akram Khan ou Russell Malliphant. C’est avec ces derniers qu’elle va articuler une collaboration prolifique à partir des années 2000, explorant avidement les possibilités physiques et esthétiques du corps humain avec des oeuvres comme Sacred Monsters (Akram Khan) ou Eonnagata (Russell Malliphant et Robert Lepage).


Sylvie Guillem et Akram Khan dans Sacred Monsters

Epanouie artistiquement, l’artiste au caractère bien trempé laisse son empreinte dans tous les styles, et semble imperméable au vieillissement. Alors qu’à Paris, les danseurs redoutent l’âge fatidique de 42 ans qui sonne immanquablement la fin de leur carrière à l’Opéra; Sylvie Guillem démontre en effet à maintes reprises qu’elle demeure, la quarantaine passée, un cygne hors du commun ou une Manon légendaire.

Sylvie Guillem dans la variation de Manon, en 2011

Sylvie Guillem, c’est un physique hors norme permettant d’aligner des extensions « 6 o’ clock » dont elle lance la mode, des pieds cambrés et puissants allongeant les lignes à l’infini de leur articulation travaillée; une tonicité hors du commun… mais aussi et surtout un sens théâtral aiguisé dévoilant à travers ses interprétations une musicalité précise et une personnalité à la fois fine et flamboyante. Si certains pouvaient légitimement en douter, la décision annoncée par l’artiste de raccrocher définitivement les chaussons en 2015 certifie néanmoins son humanité! A 49 ans, Sylvie Guillem tirera donc son ultime révérence au terme de la tournée qui la mènera, de Londres à Tokyo en passant par Lyon et Paris, sur les nombreuses scènes internationales qu’elle a fréquentées dans sa carrière hyperbolique.

La légende s’essoufflerait donc? Si certains de ses collègues comme l’illustre Tamara Rojo (selon le Guardian) la pressent déjà de reporter des adieux jugés désolants, la grande star déclare « J’ai tout aimé de ces 39 ans, chaque moment, et j’aime encore aujourd’hui de la même façon. Alors pourquoi? Tout simplement parce que je souhaite arrêter heureuse en faisant ce que je fais, comme je l’ai toujours fait, avec passion et fierté ». Il n’y a jamais eu d’art sans authenticité et harmonie avec soi-même chez Sylvie Guillem: respectons sa décision et laissons son génie la réinventer. Gageons que celle qui parle déjà de « militer à fond » pour « certaines organisations » et en particulier « les animaux » n’est pas à court de projets…

Visuels: Sylvie Guillem saluant avec Russell Malliphant en 2010

Vidéos: Répétition de l’entrée de Kitri du ballet Don Quichotte avec Sylvie Guillem et Ghislaine Thesmar (Arte); Sylvie Guillem et Akram Khan dans Sacred Monsters; Sylvie Guillem dans la variation de Manon en 2011, d’après le ballet de Kenneth MacMillan

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Nina Farge
Étudiante en deuxième année de master "Administration de la musique et des arts du spectacle vivant" à l'université d'Evry, licenciée en "Lettres et Arts"; je me passionne depuis toujours pour la culture, et plus particulièrement pour la danse.

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