Danse
« Sollicitudes » en forme de mouvements au Festival Faits d’Hiver

« Sollicitudes » en forme de mouvements au Festival Faits d’Hiver

11 février 2022 | PAR Antoine Couder

Est-ce un spectacle total ou bien simplement une pièce de théâtre dansé ayant pour sujet la danse ? Hervé Robbe, Jérôme Combier et Jeanne Vicerial, le trio créatif de « Sollicitudes » est en embuscade autour de solos chorégraphiés qui rendent hommage à l’amour du mouvement.

Schubert. Pour commencer, il y a ces carnets d’inspirations que propose le chorégraphe Hervé Robbe. Partitions, gestes, champs d’expression. Les danseurs s’en saisissent pour se chercher ensuite, in vivo. Peut-être se croient-ils libres d’improviser, mais en réalité, ils sont tout de suite pris dans la bande-son composée par Jérôme Combier qui impose son tempo et son ambiance. Schubert revisité, voix lyriques parfois trafiquées, soutenues sur scène par un violoncelle et un accordéon au répertoire sans frontières. La tonalité est presque wagnérienne, pour le hiératisme et la lumière sombre jusqu’à des instants plus lyriques, façon Alban Berg. Le spectacle se déploie dans la demie-obscurité d’ondulations romantiques avant de laisser place à un univers de café argentin. La chorégraphie reste austère, mais elle traverse les genres avec une danse plus circassienne, abandonnée à une certaine brutalité rythmique.

Oiseau de feu. Les quatre solistes forment deux générations de danseurs, les plus jeunes apportant leur énergie à un répertoire clairement contemporain, si l’on excepte l’introduction de Yan Cardin, transporté comme un Oiseau de feu que l’on aurait ici accidentellement téléporté. Les solos s’enchaînent, entrecoupés de brefs moments de rencontres, entre cérémonie et mystère. Ils s’appuient sur l’idée que le mouvement a une mémoire cachée, éteinte parfois, mais toujours vivante ; un mouvement ancré dans l’histoire du danseur et dans celle du répertoire dont il s’inspire. À ce petit jeu, les plus anciens prennent vite l’avantage. Ils sont plus fins et plus « second degré », plus malicieux également. Catherine Legrand qui assure le second solo finit par construire un univers en soi, presque autogénéré, à l’intérieur duquel tout communique avec tout, dans une sorte d’au-delà de la mécanique du geste.

Costumes. La scénographie pioche du côté de l’opéra et du cirque contemporain, magnifiée en cela par les costumes de Jeanne Vicerial, ingénieux, géométriques et paradoxalement très adaptés à cette contrainte qui veut que le spectacle soit avant tout la réunion de quatre solos. Ce sont les costumes encore qui soulignent l’inspiration nordique ; belge et donc allemande. Lyrisme chaud tenu par le lied pur d’un Schubert que l’on entend enfin, intense et dépouillé, magnifique. C’est assurément poignant et plein de sollicitudes pour les interprètes. Pas suffisant peut-être pour combler le jeune public du Théâtre International qui voit certainement la danse d’un autre œil : beaucoup plus rapide et sans volonté de raconter autre chose que ce qu’elle peut montrer.

Photo : Catherine Mary-Houdin

« Sollicitudes », Micadanse/Les indépendances, avec Catherine Legrand, Jean-Christophe Paré, Yann Cardin & Vera Gorbacheva. Musiciennes : Fanny Vicens & Alexa Ciciretti (Ensemble Cairn)

 

 

 

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Antoine Couder
Antoine Couder est journaliste. Il est l’auteur de « Fantômes de la renommée (Ghosts of Fame) », sélectionné pour le prix de la Brasserie Barbès 2018. Il prépare actuellement une biographie de Jacques Higelin (Ed. du Castor Astral, septembre 2022) ainsi qu'un roman musical, à paraître cet été 2022 aux éditions de l'Harmattan.

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