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Agnès Thurnauer expose ses mots au LaM

Agnès Thurnauer expose ses mots au LaM

11 février 2022 | PAR Laetitia Larralde

La nouvelle exposition du LaM nous fait découvrir l’œuvre d’Agnès Thurnauer, artiste franco-suisse pour qui le langage est au centre de sa recherche intellectuelle et plastique.

A l’origine de l’exposition, on trouve le tableau Nature morte espagnole, Sol y Sombra de Picasso, qui fait partie des collections du LaM. Cette toile ovale cubiste, où l’artiste découpe l’espace et les mots, a déclenché l’envie d’Agnès Thurnauer de créer un lien entre cette peinture de 1912 et son travail sur le langage. Elle installe donc au sol River tongue, un ensemble en verre violet, de la couleur du fond du tableau, où les lettres fragmentées se lisent en creux et repoussent le visiteur en périphérie de la salle. On trouve également un hommage à Etel Adnan avec deux leporellos où le mot « border » (frontière) vient se découper avec les plis des pages.

Agnès Thurnauer travaille sur le langage. Elle évolue à la frontière de l’écriture poétique et du geste pictural, dans une démarche très intellectualisée. Un de ses axes de recherche porte sur l’expérience physique du langage. Les lettres en creux de River tongue sont leur matérialisation à la plus petite échelle : le spectateur domine et peut reconstituer un sens à ce qu’il voit. Ces fragments de lettres, les Matrices, peuvent aussi grandir à l’échelle du mobilier, prenant alors l’apparence d’assises (installation non présentée ici). Et enfin, Agnès Thurnauer expérimente ici pour la première fois l’échelle architecturale pour ses Matrices. La lettre n’est plus du tout lisible, mais elle devient habitable.

Pour l’artiste, le langage est une des bases de la société. Il permet d’échanger avec l’autre, de structurer des relations, ou au contraire de créer une frontière quand ce langage n’est pas partagé. Elle déconstruit ce langage que l’on utilise tous les jours sans y penser, découpe l’alphabet, et la lecture en devient heurtée. On peine à reconnaître les lettres et les mots, le sens s’échappe pour se transformer en signe plastique, comme si l’on regardait une graphie inconnue. Agnès Thurnauer nous pousse à « apprendre à voir et désapprendre à reconnaître », afin de ne plus appliquer le filtre de nos connaissances sur ce que nous regardons et appréhender la réalité objective de ce qui est devant nos yeux.

Le LaM propose également la belle exposition Paul Klee, entre-mondes à découvrir si ce n’est pas déjà fait jusqu’au 27 février. Ne manquez pas non plus le nouvel accrochage de la collection d’art brut intitulé, qui rend hommage à Marcus Eager et Michel Nedjar, deux collectionneurs qui ont fait don de 300 œuvres entre 2016 et 2017 venant compléter la donation de L’Aracine, que Michel Nedjar a co-créé, à l’origine de la collection d’Art Brut du musée.

Agnès Thurnauer – A comme Boa
Du 05 février au 26 juin 2022
LaM – Villeneuve d’Ascq

Visuels : 1- Agnès Thurnauer, Prédelle (Language), 2017. Crayon graphite sur toile; 55 x 33 x 2 cm. Photo: Alberto Ricci. © Agnès Thurnauer. ADAGP 2022 / 2- Agnès Thurnauer dans son atelier devant River Tongue en cours de réalisation, décembre 2021. Photo : Olivier Allard / 3- Agnès Thurnauer, Phrase #4, 2021. Leporello ; Marqueur, peinture acrylique et crayon sur papier ; 25 x 125 cm (déplié). Photo: Nicolas Dewitte 1 LaM. © Agnès Thurnauer. ADAGP 2022 / 4- Agnès Thurnauer dans son atelier devant River Tongue en cours de réalisation, décembre 2021. Photo : Olivier Allard

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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