Danse
Quelques moments de grâce- Résonance de François Veyrunes

Quelques moments de grâce- Résonance de François Veyrunes

17 janvier 2022 | PAR Antoine Couder

Associé au TMG de Grenoble, le chorégraphe approfondit son exploration de la lenteur dans le deuxième volet de sa trilogie « Humain trop humain ».

C’est donc une affaire de résonance, au sens où le philosophe Hartmut Rosa la définit. L’effet induit par le contact vital entre soi et le monde, l’intériorité et l’extériorité. Chez Veyrunes, cette pensée en action relève d’abord du bateau ivre. Un univers en clair-obscur, un champ vertical et des bandeaux de couleurs où la sensation de gravité se fait nappe de plomb. Sur le plateau, les danseurs surgissent et disparaissent, parfois doucement, parfois brutalement. C’est un grope de sept qui se départagent régulièrement en deux portées, quelquefois en duo. Chaque fois, c’est presque une routine, ils cherchent des appuis pour une laborieuse tentative d’équilibre. Le ciel est bas et lourd. Les danseurs bien souvent se retrouvent à l’envers, les jambes en ciseau dirigées vers les étoiles. Cul par dessus tête ou plutôt corps qui semblent avoir perdu la tête, dans la lignée d’Outrenoir, le premier volet de la trilogie (2019).

« Faire peser »

Résonance est aussi un pur spectacle Covid, avec son passif de contamination et de cas contacts, ses temps d’arrêt de répétition, et ses danseurs fatigués. Faut-il y ajouter ses choix de costumes qui laissent perplexes ? Un contexte qui pousse la chorégraphie vers une lenteur envahissante noyant parfois la danse dans une simple péripétie de son décor. La musique, mix formidable et sophistiqué, que Veyrunes a lui-même composée et séquencée et sur laquelle il a fondé une grosse partie de ce dispositif du « faire peser », de cet « appuyé » qui travaille le corps comme s’il voulait le presser pour en tirer la substantifique vibration. La bande-son, façon Jean-Luc Godard années 2000, est ainsi une sorte de spectacle dans le spectacle où résonnent percussion glaciale et chants chrétiens (Arvo Pärt) dans la ouate d’un tapis électronique qui semble presque liquéfié.

Messe pour les temps présents

Les danseurs ont d’abord répété en extérieur avant de se retrouver sur scène, piégés par ce processus « humain trop humain » de lumières et de son. La pièce consiste alors en une suite de tableaux, façon revue métaphysique, où les corps cherchent l’équilibre,  l’élévation  dans un mouvement lyrique qui frise le classicisme d’une toile de maître. Car au fond, c’est bien de cela dont il s’agit : sous la contorsion et la gravité triomphante, c’est un geste classique qui s’ébauche, ballet à l’ancienne détaché de sa possibilité verticale du fait de sa prise de conscience et de sa postmodernité. Une messe pour les temps présents où les hommes demeurent ensemble, mais séparés.

« Résonance », Compagnie 47-49 en tournée jusqu’au 22 novembre 2022. À Paris, le 31 janvier au Théâtre de Châtillon dans le cadre du festival « Faits d’Hiver » – Micadanse 2022.

Crédit photo : ©Thibault Lefébure

 

 

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Antoine Couder
Antoine Couder est journaliste. Il est l’auteur de « Fantômes de la renommée (Ghosts of Fame) », sélectionné pour le prix de la Brasserie Barbès 2018. Il prépare actuellement une biographie de Jacques Higelin (Ed. du Castor Astral, septembre 2022) ainsi qu'un roman musical, à paraître cet été 2022 aux éditions de l'Harmattan.

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