Danse
« Manger » la junk food jusqu’à la nausée de Boris Charmatz au Festival d’Automne

« Manger » la junk food jusqu’à la nausée de Boris Charmatz au Festival d’Automne

30 novembre 2014 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Le patron du Musée de la Danse a le sens de l’expérience. Après avoir fait danser les grues et les violons, il s’attaque à un acte extrêmement chorégraphique, naturel et objet de conflit Manger s’avale comme une overdose de graisses saturées. On est dégoûté, mais on en demande encore !!!

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Manger, sur les scènes de théâtre est habituel, mais en danse, l’acte est rarissime. Il faut s’entendre. Sur ce plateau surplombé de néons faussement de traviole ( le blanc est ici absolument plastique, c’est Yves Godin qui est aux manettes de la lumière) et de quelques micros, aucun plan de table somptueux ni de plats délicieux. Se mêlent ici comédiens, chanteurs et danseurs, les trois à la fois pour certains qui avalent jusqu’au dégoût des feuilles de papier comestibles, on pense d’ailleurs au sonnet de Shakespeare que récemment Tiago Rodriguez faisait avaler à ses comédiens d’un soir.

Ici, on mange, on se tient le ventre, on se tord sous la douleur de la digestion dans une geinte au sol des plus radicales.  Le corps devient un organe de survie, comme la bouche qui ici parle pleine, qui hurle aussi, que ce soit des slogans politiques, la musique baroque ou les chansons vulgaires.

Est-ce qu’un homme est ce qu’il mange ? Est-ce qu’un connard est plein de merde à l’intérieur ? A la fois questionnement éthique et chorégraphique, Manger se laisse dévorer malgré soi. Ici, le geste est rare, jamais ou presque, les danseurs ont la bouche ouverte, l’orifice est mal vu, et se nourrir, pour les danseurs classiques est un enjeu de carrière, il ne faudrait ni vieillir, ni grossir.

Dans Manger, Boris Charmatz propose un groupe fait de solitudes. On peut manger en société, mais on est seul à avaler. 14 interprètes dont la performeuse  Marlène Saldana et la chorégraphe Maud Le Pladec vont lentement atteindre l’orgie dans une cohésion et un esprit de groupe. Les corps peuvent alors s’entremêler, se retourner. Les crânes renversés servent d’appui. Aucune esthétisation de la danse ici, juste un vecteur puissant de ce que signifie l’acte de manger que ce soit pour le religieux ou le psychanalytique.

Visuel  : ©Ursula Kaufmann

Infos pratiques

Centre Pierre Cardinal (festival Les Musicales)
Le Théâtre de l’Athénée
Marie Boëda

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