Danse
Liber, de Maguelone Vidal, à l’Archipel

Liber, de Maguelone Vidal, à l’Archipel

15 novembre 2021 | PAR Nicolas Villodre

L’Archipel, théâtre perpignanais, nous a permis de découvrir Liber, une pièce conçue par Maguelone Vidal pour le festival Aujourd’hui musiques, qui est dédié, comme on sait, à la création sonore et visuelle.

N’aime de ton présent que sa part d’avenir

Sur la face arrière du bâtiment cubique de Jean Nouvel et Brigitte Métra appelé l’Archipel, parmi les inscriptions en lettres capitales, ce conseil de Cervantes au lecteur de Don Quichotte (« N’aime de ton présent que sa part d’avenir ») annonce la couleur du programme du festival. Celle-ci n’est pas seulement grenat, comme la pierre précieuse associée à la cité occitane et la grande salle ovoïde jouxtant l’hexaèdre. Les œuvres présentées sont actuelles et, pourrait-on dire, patinées. Il convient de préciser que la question environnementale préside aux choix artistiques de cette édition, et que les formes retenues font la part belle à l’interactivité comme aux nouvelles techniques.

Outre le spectacle de Maguelone Vidal, présenté dans une configuration théâtrale à l’italienne, on pouvait ce jour-là participer à des déambulations en ville ou intra muros, s’impliquer en spectateur-acteur dans des installations telles que le GeKiPe animé par David Codina, Cyclic de Gregory Lasserre et Anaïs met den Ancxt ou la Maison sensible, des mêmes avec le duo Lola et Yukao Meet. Au croisement de ces expressions récentes et d’un art relativement plus ancien des sons produits par des instruments mécaniques se trouvait les fascinantes démonstrations de Michel Deneuve avec ses Pièces de Cristal Baschet, un instrument datant de 1952 inspiré à ses inventeurs (les frères Baschet) par la musique concrète de Pierre Schaeffer et Pierre Henry.

Regarde avec tes oreilles

Liber désigne en premier lieu la zone où circule la sève de l’arbre; en latin, le mot veut dire « livre » et il est vrai que, par certains aspects, la structure canonique de la composition musicale de Maguelone Vidal la rapproche du mille-feuilles; enfin, le mot a une connotation libertaire, tendance qui a certainement pu s’exprimer lors de la mise au point du spectacle, dans les exercices préparatoires ayant fait appel à l’improvisation ainsi que dans le déchaînement sonore précédant la fin de la pièce, sous forme d’un mini-concert de rock industriel avec Félicité de Lalande et sa harpe « préparée » et amplifiée, Philippe Cornus frappant comme un sourd sur ses deux fûts jusqu’à sacrifier une de ses baguettes à la cause artistique et Maguelone herself dans le rôle de la guitar heroïne, un manche truffé de circuits imprimés tenant lieu de six-cordes. 

L’auteure a voulu et réussi à « sculpter la musique et le son » en travaillant notamment ceux provenant « de l’intérieur du corps », en les mettant « en rapport avec des instruments » et en mixant la matière sonore « archaïque » ou biologique d’enregistrements de dopplers avec les phrases musicales des deux instrumentistes. La danseuse virtuose Hanna Hedman a travaillé quant à elle avec des « capteurs de flexion sur le genou, sur le coude et dans la main », le moindre geste devenant son, comme Shakespeare l’avait mis dans la bouche du roi Lear. Comme démontré dans l’après-midi par David Codina, comme vu et entendu par nous il y a dix ans au théâtre de l’Aquarium dans Le Ruissellement électrique de Thierry De Mey, comme préfiguré par Cage et Cunningham dans Variations V (1965) qui usait de cellules photo-électriques, cet échange ondulatoire est un champ qui reste à explorer, tant il peut produire de magiques effets.

Visuel : Liber de Maguelone Vidal © Marc Ginot.

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