Danse

Les pantins de chair dans l’enfer d’Emma Dante au Festival d’Avignon

Les pantins de chair dans l’enfer d’Emma Dante au Festival d’Avignon

23 juillet 2017 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Jusqu’au 25 juillet au Festival d’Avignon, puis en février au Rond Point à Paris, la chorégraphe italienne Emma Dante met tout le monde à poil pour Bestie di Scena, une pièce sur l’humiliation de l’humain. 

Elena Borgogni, Sandro Maria Campagna, Viola Carinci, Italia Carroccio, Davide Celona, Sabino Civilleri, Alessandra Fazzino, Roberto Galbo, Carmine Maringola, Ivano Picciallo, Leonarda Saffi, Daniele Savarino, Stéphanie Taillandier, Emilia Verginelli, Gabriele Gugliara et Daniela Macaluso sont en place pour l’échauffement. Emma Dante en profite pour nous glisser une information que les danseurs connaissent : il n’y a pas de séparation entre l’échauffement et la chorégraphie. Progressivement, les mouvements de mise en jambes se transforment en un triangle qui pointe vers nous. Ils vont commencer à courir dans une force centrifuge qui éjecte les artistes un par un. Les directions sont ultra maîtrisées, dans un geste excellent.

Ils nous reviennent en ligne et se déshabillent avec humour et pudeur, en se servant de leur main ou de la main de leur voisin pour cacher leur sexe et leurs seins. Les corps sont ici très divers, gros, maigres, petits, grands, tatoué ou nature. Les visages sont barbus, imberbes.

Emma Dante a un rapport au médiéval ( dans le décompte français) très direct. Son patronyme laisse des traces bien sûr, et sa compagnie, Sud Costa Occidentale est installée dans une cave dans laquelle avaient lieu les procès en sorcellerie. Pour Emma Dante, il y a une transcendance qu’elle ne peut pas dépasser. C’est cela qui fait que sa pièce est efficace, très bien construite mais qu’elle n’atteint pas la rage d’un Alessandro Sciarroni qui a préféré tourner en rond brillamment en ignorant la question.

Alors, si l’humain est soumis à un au-delà, rien ne peut aller vraiment. Face et au dessus de ces danseurs hyper physiques, surgissent des objets les rabaissant encore d’un cran. Les « bêtes de scène » sont à entendre comme  les stars du zoo, pas comme les rois de la piste. Ballons, épée, poupée parlante à imiter, chanson qui impose les pirouettes, querelle de mecs, cacahuètes… Ils sont des pantins manipulés et désarticulés, abandonnés à leur sort.

Bestie di Scena est une pièce ultra sombre et sans espoir qui tire ses références dans la comédia dell’arte et dans les images pieuses des églises baroques. Emma Dante manque malheureusement d’ambition dans son tableau final, elle y fait un pot-pourri bien trop classique compte tenu de la forme qu’elle veut défendre.

Le jour où elle se libérera du poids identitaire de l’Italie pour le digérer, ses pièces passeront du très bien au dément. On a hâte.

Visuel : (c) Christophe Raynaud De Lage

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