Danse
Le printemps de Robyn Orlin inonde le Festival d’Automne

Le printemps de Robyn Orlin inonde le Festival d’Automne

22 novembre 2013 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Qui connaît le nom de ce spectacle ? Pourquoi vous êtes venus alors ? Pour qui ? Pourquoi venir au spectacle ? Pourquoi être sur scène ? Pourquoi être spectateur ? Robyn Orlin interroge le statut du comédien dans In a wolrd full of butterflies, it takes balls to be a caterpillar… some toughts on falling… et offre des réponses prenant la forme d’une comédie cynique.

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Le festival d’Automne accueille la dernière création de la chorégraphe sud-africaine, présentée le 14 novembre à Total Danse (Réunion) et en début de semaine au Festival Instance (France). C’est à cette belle occasion que nous avons d’ailleurs eu la chance de découvrir ce spectacle, dont nous vous parlions ici même.

Arrivé à Paris, au Théâtre de la Bastille, In a wolrd full… s’inscrit dans la fureur de l’emploi du temps de la capitale. Le public – soir de première oblige – navigue entre tension et émotion. La surprise est totale quand le flou, si délicieux, s’installe. Plein feu sur le plateau comme sur les gradins, et dans une fusion à laquelle le théâtre contemporain est habitué, et de laquelle Robyn Orlin est friande, les deux ne font qu’un. Les éléments de décor – ici des tentes pop-up –, sont dépliées sur les fauteuils du premier rang, et, très vite, les spectateurs seront invités à s’asseoir sur la scène.

On croit voir ce que l’on a vu mille fois et l’on se trompe. Le spectacle va faire son show, et dans un tour de magie réussi, Orlin nous attrape pour ne plus nous lâcher. Vu du plateau, le public semble loin, massive bête immonde. On le sait, le ressentir est une autre paire de manches.

In a world… laisse sans voix un public survolté et surexcité. L’ambiance est celle d’un club de stand-up new-yorkais. Pourquoi ?

Et bien parce-que pendant une petite heure, la danseuse congolaise Elisabeth Bakambamba Tambwe sera la femme-chenille, cocon puis papillon. Dans un numéro qui tient du cirque de contorsion, elle manipule à une main ces tentes normalement si dures à replier. Leurs toiles deviennent les ailes fragiles des lépidoptères.

Diva, elle utilise ces objets comme s’ils étaient aussi petits et maniables que des éventails. Au commencement, elle dira : « Non mais je pense qu’il y a un petit problème. » Drôle, elle se tord dans un costume fait de couches de tissu élastique qui la transforme en Grace Jones ou en Angelina Davis. Elle fait spectacle, à raison de doublage et de lumières rouges. Elle joue des codes, nous embobine et nous emporte. Mais ce n’est que du théâtre, cela peut s’arrêter de la façon la plus abjecte qui soit et c’est dans une transition digne des abjectes attitudes des directeurs des salles de spectacle du Off d’Avignon qu’Eric Languet fait son entrée. L’ex-danseur de l’Opéra de Paris, réunionnais depuis ses huit ans, le dira : « je suis un danseur, c’est fragile un danseur ». Pourtant, celui-ci est solide autant que violent. Sa danse aime inviter les raideurs et les angles dans une stupéfiante agilité.

« Show must go on » semble être le sous-titre de ce spectacle au nom indicible. Tout, le comédien donnera tout, tout pour garder son statut d’intermittent, tout pour chuter avec élégance, tout pour impressionner le public. Et s’il faut surfer sur des vagues invisibles, danser Gisèle de façon postclassique, il le fera, avec ou sans pointes, avec ou sans l’aide des spectateurs, qui, comme dans tous les spectacles de la chorégraphe, sont mis à contribution.

La note d’intention du spectacle raconte qu’il y une dizaine d’années, Robyn Orlin avait souhaité faire une chorégraphie à partir de l’image de l’homme que l’on a vu tant de fois tomber des tours du World Trade Center. Ceci a provoqué la grève des danseurs de l’Opéra de Paris. Impossible à dire, impossible à danser. Il est trop tôt, le tabou règne.

La boucle est bouclée, les deux soli nous ont parlé du métier d’acteur. Cet acte qu’est « sortir de soi-même », comme le papillon se défait de sa chrysalide, trouve une résonance incroyable en ce début de XXIe siècle où tout s’effondre : l’économie, le moral. On tombe sans arrêt… des nues, enceinte… Le spectacle apparaît ici comme une parenthèse dorée, un ralentissement dans la chute inévitable. Moins polémique que les précédentes pièces données à Paris ces dernières années,  In a wolrd full of butterflies, it takes balls to be a caterpillar… some toughts on falling… apparaît moins violent pour celui qui le reçoit. Les ficelles sont pourtant là, et elles sont formidables à voir.

Visuel : © Thomas lachambre

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