Théâtre

Have you hugged… de Robyn Orlin : le parti pris d’un rire ambigu

Have you hugged… de Robyn Orlin : le parti pris d’un rire ambigu

02 décembre 2011 | PAR Christophe Candoni

Relativement méconnue ou ignorée en France, la figure de Sarah Baartman inspire ces derniers temps de nombreux artistes depuis la sortie du film « Vénus noire » d’Abdellatif Kechiche en 2010. C’est encore elle qui fait l’objet de la dernière création de Robyn Orlin programmée par le Festival d’Automne et intitulée avec un humour grinçant qui donne le ton « Have you hugged, kissed and respected your brown Venus today ? ». Dans cette pièce, il n’y a pas une mais cinq vénus : actrices, chanteuses et danseuses toutes à la fois. Exubérantes et éminemment sympathiques, elles occupent le plateau et même la salle toute entière du Théâtre de la Ville. Mais la performance reste vide et pénible.

Il y a un monde qu’on ne saurait expliquer entre le discours politique et engagé de Robyn Orlin et la pauvreté de la représentation à laquelle nous avons assisté. La chorégraphe a des choses à dire, à dénoncer, à faire entendre, elle a l’ambition de faire naître une réflexion évidemment essentielle. Alors pourquoi son spectacle prend-il la forme d’un plat divertissement qui fait le bonheur d’un public qui se croit au Music-hall ou au café concert ? Heureusement pour elle, bon nombre de spectateurs, continuellement interpellés et sollicités, démarre aussitôt qu’il est invité à participer sans même se demander ce que signifie le geste qu’on lui demande de faire. Au passage, ce côté « moutons de Panurge » que certains dénonçaient à tord devant le formidable spectacle de Vincent Macaigne paraît bien plus dérangeant ici. Pendant que les uns se distraient joyeusement, d’autres, plus réfractaires, décident de quitter la salle, peut-être inconfortés par la position particulière qui leur est imposée par le spectacle, ou simplement pas réceptif à la minceur de la proposition scénique, bavarde, répétitive et peu pertinente.

De l’histoire de la Vénus hottentote, Robyn Orlin en tire les gros traits biographiques sans s’attarder. La chorégraphe a habité en Afrique du Sud, y a grandit pendant la période de l’apartheid. Elle vit maintenant à Berlin et dit se sentir étrangère autant dans un endroit que dans l’autre. Ce qui l’intéresse est un propos plus général et actuel : les rapports entre l’Europe et l’Afrique, le regard que portent les européens sur la population africaine, et en particulier les femmes noires, qui ont longtemps été considérées comme une race inférieure tout en étant un objet de fantasme (comme Joséphine Baker présente dans le spectacle grâce à la vidéo). La création repose sur un élément : la présence charismatique de ses interprètes affublées de boubou colorés, de grosses fesses et de perruques et affichant leurs formes généreuses. De ces accoutrements de carnavals, il faut déduire que Robyn Orlin joue avec les archétypes. Elle met le spectateur face aux clichés habituels de la société occidentale, à sa méconnaissance de l’Afrique et à son racisme lattent. Le sexisme, la colonisation, sont vite passés en revue sur un mode toujours plus parodique avec une distribution de bananes dans les premiers rangs, lesquels mangent goulûment. Mais que restera-t-il du spectacle après la digestion ?

 

 

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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