Danse
L’ambition d’être tendre Christophe Garcia creuse le sillon angevin

L’ambition d’être tendre Christophe Garcia creuse le sillon angevin

12 mai 2022 | PAR Antoine Couder

Installé depuis 7 ans dans la capitale du Maine-et-Loire, le chorégraphe repositionne son travail dans la dynamique du développement urbain récemment initié par la ville.

Il y a eu le Covid, mais pas que. Une certaine déréliction qui a marqué les périphéries et leur rond-point soudainement devenus jaunes. Angers n’y a pas échappé et les élections qui ont permis la reconduction à la mairie de Christophe Béchu pour un second mandat a été l’occasion de lancer une séquence de travail social avec sa périphérie, derrière la Maine, et de réveiller le potentiel de la salle de Chabrol ; ignoré des populations du centre-ville. Un tramway est en cours de construction et reliera bientôt la salle à la circulation urbaine, permettant peut-être de recoudre cette zone populaire et universitaire restée à l’écart.

L’ombre du CNDC. C’est ici que la Compagnie « La parenthèse » de Christophe Garcia a posé ses bagages, entrant dans la dynamique alors déclenchée et apportant ce levier de la culture à ce qui fait cohésion : avec les associations de quartier, les centres hospitaliers, les habitants. L’idée n’est pas nouvelle, mais elle est efficace. Pour la première de son « ambition d’être tendre », le chorégraphe fait carton plein, remplissant sans trop se forcer cette salle de trois cents places dont la municipalité a plus ou moins laissé la clé à la compagnie.

Une aubaine pour Christophe Garcia qui trouve dans ce contexte de quoi présenter son travail peu connu du grand public et pas forcément repéré par les professionnels. Son penchant lyrique, souvent classique, sa longue histoire avec l’univers de Maurice Béjart ne facilite pas son accès à la reconnaissance dans une ville où le CNDC et son école de danse ont forgé toute une culture brillante et exigeante de la danse contemporaine (c’est ici en 1987 que Trisha Brown créera sa pièce « Newark »).

Trouer la musique par la danse. Mais peut-être que la danse a changé. Peut-être que Tik Tok, les musiques urbaines, le besoin viscéral de se retrouver offrent l’opportunité de propositions que l’on aurait pu jusqu’ici ignorer. C’est peut-être le cas de cette « ambition », conçu en 2018 et primé au Off d’Avgnon en 2019. Une pièce musicale créée et jouée live par ses deux créateurs à partir de matériaux extraits de la tradition méditerranéenne : percussions d’Afrique du Nord, flutes provençales, rythmes anatoliens, cornemuses du Pays basque et du Massif central : un pas de deux entre instrumentistes et bande-son qui entraîne le trio de danseurs dont Christophe Garcia a réglé les mouvements, plus danseur que chorégraphe, en choisissant de s’infiltrer dans la matière musicale et d’en suivre les impulsions. La couture entre danse et musique est le principal enjeu de cette pièce de 50 minutes que Garcia rêve aujourd’hui de passer en quintette de façon à renforcer le bataillon du geste contre/avec les musiciens dont la partition puissante, parfois étouffante mériterait d’être un peu « troué » par la danse. Pas facile, en vérité. Le fil rouge de la ronde et des farandoles permet certes de désaxer les tempos, avancer vers ce désarticulé qui fera le brillant final electro, mais il reste souvent trop timide pour faire autre chose que de suivre le déroulé musical (renvoyant ainsi involontairement à des choix bien peu modernes). Un bout de la pièce est donc littéralement noyée dans la musique, soulignant davantage les moments où celle-ci s’en extrait, tribale et fiévreuse, innervant de son subtil contretemps le territoire minuscule de la danse populaire. On est alors à la croisée des chemins du mouvement pré-baroque, Garcia s’engageant finalement sur une voie plus allègre que savante, retrouvant la liesse des musicien et danseur en bande se tournant autour avant de se défier.

L’allégresse, enfin. En première partie, il a également proposé  une courte chorégraphie conçue en working progress, huit jours durant avec La Compagnie des professeurs de danse (du département) dont les inspirations toutes singulières (il y a des professeurs de danse classique jazz, contemporain) ont encore été une fois « cousus » par le chorégraphe, libérant cette fois plus fermement l’écriture de son écrin musical, inspiré d’Hector Berlioz (7ème poème revu par Laurier Rajotte) sur lequel il travaille pour sa prochaine création, en 2023 (« les nuits d’été »). Une petite pièce, une mise en bouche pourtant formidable dans cette jonction parfaite qu’elle induit entre l’énergie des danseurs et de la chorégraphie qui en découle. Peut-être que l’art de Garcia se découvre ici un peu plus, dans cet art du ballet en contretemps, ce jeu qui fait apparaître et disparaître les signes de l’effort, la cassure brève succédant à la souplesse, à l’allégresse du contact. On a rarement l’occasion de contempler des danseurs caresser de si près leur rêve de mouvement. Le résultat laisse curieusement voir en quoi c’est une certaine forme de fragilité qui nourrit à la fois l’engagement et la sincérité d’une chorégraphie. Celle-ci, pourtant simplement introductive, en donne une belle illustration.

« L’ambition d’être tendre », de Christophe Garcia, avec Marion Baudinaud, Charline Peugeot, Gaël Alarmagot. Musiciens : Benjamin Melia et Guillaume Rigaud. Compagnie « La parenthèse ». Le 26 mai à Sarzeau (56) – Festival Plage de Danse

Photo : Mirabel White

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Antoine Couder
Antoine Couder est journaliste. Il est l’auteur de « Fantômes de la renommée (Ghosts of Fame) », sélectionné pour le prix de la Brasserie Barbès 2018. Il prépare actuellement une biographie de Jacques Higelin (Ed. du Castor Astral, septembre 2022) ainsi qu'un roman musical, à paraître cet été 2022 aux éditions de l'Harmattan.

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