Danse
Kader Attou raconte Les Autres dans une grande rêverie

Kader Attou raconte Les Autres dans une grande rêverie

09 décembre 2021 | PAR Lucas Liberati

De grands blocs hexagonaux manipulés avec minutie, des instruments hors du commun, des danseurs aériens, une mise en scène fantasmagorique et une grande hauteur de vue : voilà la définition de l’altérité dans la dernière création entre musique et danse de Kader Attou.

Un univers musical et visuel chimérique

À l’aide d’instruments insolites atypiques et sensuels comme le thérémine, le Cristal Baschet (un orgue aux touches en cristal) ou la scie musicale, deux musiciens Loup Barrow et Grégoire Blanc rythment les pas des danseurs. Sur scène, Kader Attou questionne l’étrange et la figure de l’étranger entre costumes difformes et habits hors du temps. Dans ces vêtements, se meuvent deux femmes et trois hommes, ces derniers mélangent hip-hop et acrobaties dansées quand les danseuses travaillent la grâce et les volumes. 

Une mise en scène entre rigueur et dystopie

Comme dans une grande fable onirique, la scène est brumeuse et les artistes en mouvement sur la scène font bouger à leur gré des grands blocs gris tournant sur eux-mêmes donnant une impression labyrinthique aux déambulations. L’esthétique steampunk et cristalline des instruments ajoute à perdre le spectateur dans l’expérience métachronique auquel il assiste et souligne les mouvements mécatroniques du hip-hop. En fond de scène, derrière une paroi en tissu verdâtre transparent, les musiciens vont et viennent accéder à certains instruments relégués dans cette antichambre scénique où sporadiquement les danseurs font des apparitions et se fondent au décor et aux lumières. 

Du mystère au coup d’éclat

Dans ce questionnement des autres et de l’étrange, les thèmes de la découverte et de la dissimulation sont les deux faces d’une même pièce. Les danseurs tantôt masqués, tantôt parés d’abat-jour troublent la vision du spectateur tant dans les perspectives que dans les lignes de la scène gérées magnifiquement par Olivier Borne. Le mystère laisse parfois place au spectaculaire face aux jeux de hauteur dans la chorégraphie, les danseuses s’agrippant et montant sur les blocs et leurs partenaires pour un effet wow déroutant le récit. Les dernières minutes, le temps et la pression semblent s’accélérer dans une jungle dansée pour finir dans une déflagration atonale et les pas dans l’obscurité d’un abat-jour madone. 

Kader Attou dans une chorégraphie entre acrobatie, hip-hop et belles lignes donne sa vision de l’altérité, l’oreille rivée sur les sons des instruments marginaux et l’harmonie chavararique circassienne des danseurs. On perçoit bien la périlleuse recherche d’équilibre entre une volonté de tout montrer, d’une exhaustivité chorégraphique et la sobriété soulignant la minutie des mouvements dansés.

La pièce chorégraphique Les Autres de Kader Attou est notamment à retrouver en 2022, les 3, 4 et 5 février à la Rochelle et les 9, 10 et 11 juin à la Villette à Paris. Informations

Visuel : Affiche Les Autres © Damien Bourletsis

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Lucas Liberati

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