Danse
« Juliette et Romeo » selon Mats Ek : le Ballet Royal de Suède à Paris

« Juliette et Romeo » selon Mats Ek : le Ballet Royal de Suède à Paris

07 janvier 2015 | PAR Géraldine Bretault

Le Ballet Royal de Suède est invité cette saison à présenter Juliette et Roméo, chorégraphié et créé par Mats Ek en 2013. Un programme exceptionnel, sur une partition composite de Tchaikovski.

[rating=4]

Fils de la célèbre Birgit Cullberg, fondatrice de la compagnie éponyme en Suède, Mats Ek n’est plus à présenter. Les balletomanes ont déjà eu l’occasion de se délecter de ses pièces entrées au répertoire de l’Opéra de Paris, dont L’Appartement ou Giselle. Cette fois, c’est la troupe du Ballet Royal de Suède qui a fait le voyage. Un vent de fraîcheur soufflait hier soir sous les ors de Garnier. Roméo et Juliette selon Mats Ek, ce n’est ni le drame de Shakespeare, ni un ballet romantique, c’est Juliette et Roméo, une proposition retournée qui renvoie le mythe à la quintessence des émotions, soit la pureté et la force des premières amours lorsqu’elles sont contrariées par des convenances empesées.

Né dans une famille où le théâtre est roi, Mats Ek a souvent imaginé des chorégraphies faisant la part belle à la narration et à la théâtralité. Il n’y déroge pas ici, sa gestuelle épurée faisant contrepoint avec une grande justesse à la pantomime. Le cinéma n’est jamais loin non plus, puisque quelques tableaux évoquent le West Side Story de Jérome Robbins. Allons plus loin, il y a même un peu de Giulietta Masina dans La Strada, dans l’interprétation que donne Mariko Kida de Juliette. Son petit gabarit la sert, et lui permet d’incarner à merveille ce rôle de femme-enfant, récompensé plus tôt cette année par un Benois de la danse.

La magie de Mats Ek tient sans doute à son incroyable inventivité : si son vocabulaire reste très reconnaissable, et en particulier cette fantastique osmose entre les jupes longues et les pas de danse, il n’en devient jamais répétitif ou figé. La narration est fluide, grâce aussi aux ingénieuses cloisons du décors, mobilisées par les danseurs, qui sont autant de partitions et de coulisses, quand elles ne sont pas des remparts infranchissables narguant les héros. Dans le rôle des « voyous » de rues dont fait partie Roméo, il faut saluer la performance de Jérôme Marchand (Mercutio), formé à Lyon, grand danseur au propre comme au figuré, dont l’engagement dans son rôle faisait plaisir à voir hier soir. Autre moment magique : l’entrée en scène de Segway conduit de main de maître avec une grâce insoupçonnée…

Qu’il était émouvant aussi de voir le frère du chorégraphe, Niklas Ek, vieillissant, incarner avec un plaisir évident le père de Juliette, notamment lors d’un truculent solo au pas de patineur. La musique de Tchaikovski, dont le concerto n°1, apporte la puissance que recherchait Mats Ek, qui a préféré puiser librement dans le répertoire de ce dernier plutôt que de reprendre la partition de Prokoviev.

Une réussite à tout point de vue, sauf peut-être en ce qui concerne l’équilibre entre les deux actes : le premier acte concentre l’action dramatique et les ruptures de ton, même si le second gagne en intensité pour s’achever dans un final poignant.

« Toute beauté n’est pas belle à voir », Mats Ek  

Visuels : © Gert Weigelt
Francette Levieux / OnP – mention Obligatoire

Infos pratiques

Elephant Paname
Kraspek Myzik
Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Soutenez Toute La Culture