Danse
[Festival d’Automne] « 7 Pleasures » ou La leçon de cul de Mette Ingvartsen

[Festival d’Automne] « 7 Pleasures » ou La leçon de cul de Mette Ingvartsen

20 novembre 2015 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Et vous les partouzes vous avez déjà essayé ? Franchement,  en pleine guerre, l’idée fait son chemin. Un sous-lacanien oserait même le double sens : envie/en-vie. Puisque nous sommes vivants baisons franchement. La chorégraphe Mette Ingvartsen n’avait sans doute pas prévu que son spectacle au fondement plutôt sociologique se transforme en une oeuvre éminemment politique.

[rating=5]

Les cultissimes publicités pour Perrier l’ont prouvé, les objets peuvent porter une charge sexuelle. Sirah Foighel Brutmann, Johanna Chemnitz, Katja Dreyer, Elias Girod, Bruno Freire, Dolores Hulan, Ligia Lewis, Danny Neyman, Norbert Pape, Pontus Pettersson, Hagar Tenenbaum et Marie Ursin sont installés, habillés dans le public. Ils vont se déshabiller pour venir, dans une image, qui selon votre niveau d’angoisse vous rappellera l’Enfer de Dante, les charniers de la Shoah ou les témoignages des attentats de vendredi dernier à Paris. Les corps glissent d’un promontoire, ils sont tous collés les uns aux autres, comme amalgamés. Ils rampent tels des vers. On nous annonce vouloir parler de l’hyper-sexualité dans la société, et les premières images qui se déroulent sur ce plateau pensé comme un presque appartement sont glauques. Le sexe est triste, froid.
Bientôt la chorégraphe va séparer les corps pour mieux les faire jouir. Elle manipule le désir avec talent en imaginant une pièce faite de tableaux. Hystérie par des tremblements, sensualité d’un bordel rouge, violence d’une séance SM… Les danseurs sont techniquement époustouflants, devenant ici des interprètes qui doivent garder leur sérieux dans des positions porno.

On baise les plantes, les tables, dans ce spectacle qui rappelle L’orgie de la Tolérance de Jan Fabre, dans lequel les femmes accouchaient de produits de consommation dans des caddies. Le sexe est ici spectaculaire. Il s’agit de faire groupe avec une certaine élégance.

On s’amuse beaucoup de bruitages qui pourraient friser le ridicule et qui se font avec un chic fou. Les allégories de bondage donnent carrément chaud tout comme la circulation de cette petite boule en métal qui va et qui vient dans le creux des reins d’une danseuse en avant scène…. Mette Ingvartsen fait le tour de la question en passant par des gestes qui alternent souffle court, emballement, torsions, nuques qui se brisent, poitrines qui se soulèvent avec des déplacements qui permettent aux danseurs de se placer dans des postures qui n’autorisent aucune pudeur. Les sexes se montrent, les cuisses s’écartent, les seins deviennent des tourbillons.

Faire un spectacle nu n’est pas une nouveauté, Olivier Dubois ou Tino Shegal le savent bien. Ici, après le 13 novembre, ce 7 pleasures apparaît comme un doigt levé à adresser à Daesh. Il en faut de la liberté pour diriger des danseurs de la sorte, pour interroger la place du désir dans notre culture et pour offrir un bouquet final de plaisir. Ne soyons pas dupes, Mette Ingvartsen le sait parfaitement « historiquement, la sexualité est profondément liée à la religion, à la culpabilité… Ce n’est pas un thème central dans la pièce, mais il y a une couche qui consiste à retirer ces cadres pour voir ce qui se produit si on débarrasse la sexualité de ses connotations morales ».

Ce spectacle est furieusement audacieux, furieusement libre, il assume que le désir est un cadeau en temps de paix, et qu’il l’est encore plus en temps de guerre.

Visuel : ©Marc Coudrais

Infos pratiques

Les Cygnes
Théâtre du Palais Royal
centrepompidou

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *