Danse
[Festival d’Automne] DFS: François Chaignaud et Cecilia Bengolea réinventent le collectif

[Festival d’Automne] DFS: François Chaignaud et Cecilia Bengolea réinventent le collectif

02 décembre 2016 | PAR Araso

Dans le cadre du très exigeant Festival d’Automne, François Chaignaud et Cecilia Bengolea présentent DFS, une pièce créée en Septembre au Festival de la Bâtie de Genève. On y croise du Dancehall, danse de rue de la Jamaïque, des chants grégoriens et un petit chien. Une communion laïque dont on ressort en dansant sur place le sourire aux lèvres. 

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chaignaud

Avec DFS, François Chaignaud et Cecilia Bengolea poursuivent leur travail de recherche sur les danses urbaines, après leur conférence dansée Le tour du monde des danses urbaines en 10 villes et surtout The Lighter’s Dancehall Polyphony, une pièce créée en 2015 au Theater Wuppertal de Pina Bausch qui les avait invités. L’alliance du baroque et de l’ultra-contemporain urbain avait déjà fait des miracles dans Radio Vinci Park au coeur d’une Ménagerie de Verre re-transformée en garage pour le Festival l’Étrange Cargo.

Le show commence dans la pénombre. Un grand parallélogramme rouge délimite le centre du plateau où les 6 danseurs vont se relayer, collectivement ou en solo façon battle. On entend des chants grégoriens a capella, issus du répertoire de Guillaume de Machaut (XIIIème siècle). On entrevoit des pieds chaussés de pointes qui se dessinent doucement dans le noir. Trois danseuses apparaissent, en justaucorps et collants, transparences et brillance du lamé. Des bribes de souvenirs de Golgota Picnic/Dub Love (2014) remontent. François Chaignaud les accompagne, qui arbore bonnet rasta, leggings et polo à manches longues assorti. Cecilia Bengolea toujours en shorty et jambes interminables les suit. Un improbable petit terrier à poils longs couleur sable s’échappe à son tour des des coulisses et s’en va mener sa vie de mascotte épanouie au milieu du public.

Le rythme de la pièce ne laisse ni le confort de s’installer dans un univers ou un autre, ni le loisir de s’ennuyer. Aux décélérations méditatives succèdent les shoots de son vitaminé: Chain par Vybz Kartel, Day Rave Riddim de Stephen di Genius Mac Gregor et Version de 12 Gauge s’enchaînent dans les bafflesLe riddim appelle le reggae et les séquences issues de Stir It Up de Bob Marley. Très vites, les jambes sont trop à l’étroit dans les gradins, les pieds démangent, les épaules bougent toutes seules.  Le tout est étrange, enjoué, sexy.

Le dancehall est né d’une rébellion de rue, de jeunes qui préfèrent danser plutôt que de croupir dans des jobs écrasants et mal payés. Une forme de résistance à une forme intangible d’oppression. Formée aux danses urbaines qu’elle explore sans relâche depuis une quinzaine d’années, Cecilia Bengolea s’est prise au jeu jusqu’à rejoindre un groupe de Kingston, les Verbnation. A une autre époque, il y a plusieurs siècles, Guillaume de Machaut s’est efforcé de faire toute sa vie durant le lien entre spirituel et matériel, entre le sacré et le laïc, un exercice pas si aisé au Moyen-Age où Eglise et Etat régentent de concert affaires temporelles et politiques. Avec DFS, Cecilia Bengolea et François Chaignaud nous proposent une séance de communion laïque,  une méditation musicale qui conjugue l’histoire au pluriel et colle des sourires aux visages. On en reprendra bien encore un peu, s’il vous plaît.

François Chaignaud et Cecilia Bengolea, DFS, du 1er au 4 Décembre 2016 au Centre Pompidou, avec le Festival d’Automne à Paris.

Visuel (c) François Chaignaud

Infos pratiques

Les Cygnes
Théâtre du Palais Royal
centrepompidou

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