Danse
Danse élargie, version 2021

Danse élargie, version 2021

12 septembre 2021 | PAR Nicolas Villodre

Le Théâtre de la Ville a présenté aux Abbesses une soirée « formats courts » pour inaugurer la saison et un cycle de quatre programmes valorisant les « nouveaux talents révélés par le concours Danse élargie ».

La Danse latu sensus

La compétition en question, comme on sait, prend la suite ou la relève du concours international de chorégraphie proposé par Rolf de Maré en 1931 pour honorer la mémoire de Jean Borlin ; de celui de Bagnolet, créé en 1969 et animé jusqu’en 1988 par le regretté Jaque Chaurand ; des équivalents pour la danse classique que sont Varna, Moscou (et ses  Benois), Deauville (et ses Nijinski), Lausanne ainsi que pour le hip-hop et le contemporain, Juste debout, Sobanova, etc.

Le « concept » de danse élargie est démarqué de celui de « cinéma élargi » (ou expanded cinema) qui chercha très tôt à rendre le plus spectaculaire possible la projection de films. Celle-ci, de simple divertissement forain devint 7e Art grâce au poète Ricciotto  Canudo, « polyvision » avec Abel Gance et ses triptyques  napoléoniens, syncinéma avec le lettriste Maurice Lemaître, action anti-pelliculaire avec Giovanni Martedi…

Chérie, j’ai rétréci les gosses

La première « proposition », Karnaval, de Mathilde Rance, tient la promesse de son titre. Elle a lieu sous forme de déambulation à l’extérieur du théâtre à l’italienne, renouant, consciemment ou non, avec la Promenade de la Vache enragée défilé festif montmartrois destiné par les artistes de la Butte à concurrencer le défilé du Bœuf gras. Rien à dire, c’est  joyeux, musical, coloré, entraînant. D’autres pièces, en revanche, souffrent de carence en danse. La plus intéressante, Beauté bâtarde, signée Rémi Esterle, débute magnifiquement, par des pas de danse apache ou de valse chaloupée, comme celle qu’immortalisèrent dans ce même quartier en 1909 Mistinguett et Max Dearly. Ce corps à corps grotesque se métamorphose en tango sophistiqué des plus virtuoses. Malheureusement, l’auteur se croit obligé de nous réciter façon slam sa poésie de mirliton. 

Flashlights de Juline Grosvalet se passe totalement de chorégraphie et nous donne à la place quelques effets de ce que Man Ray appelait « space writing », que Gjon Mili et Clouzot captèrent avec l’aide d’un ex-peintre du Bateau Lavoir, Pablo Ruiz Picasso et qu’un chorégraphe comme David Parsons ajouta à son répertoire avec la technique de la stroboscopie. Pas de danse, malgré son titre, contient de la danse, sous forme d’énumération du vocabulaire académique inspiré par la marche militaire, puis en mode « spectacle », avec combinaison des éléments en question agrémentés d’éclairages et de commentaires dispensables. Rave Lucid, de Laura « Nala » Defretin et Brandon « Miel » Masele, clôt la soirée en beauté avec un hip-hop d’une troupe multikulti exécutant paradoxalement la « choré » à l’unisson. Plus militaire que les pas de Pas de danse.

Visuel : Karnaval de Mathilde Rance, ph. Nicolas Villodre. 

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Nicolas Villodre

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