Danse
[Critique] Sublime D’après une histoire vraie de Rizzo à l’Opéra de Lille

[Critique] Sublime D’après une histoire vraie de Rizzo à l’Opéra de Lille

12 juin 2014 | PAR Audrey Chaix

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Après la création de D’après une histoire vraie, unanimement saluée par le public et la critique, au Festival d’Avignon 2013 (lire notre chronique ici), Christian Rizzo revient à l’Opéra de Lille, où il a travaillé en résidence pendant cinq ans, dans le cadre des Latitudes Contemporaines. Un spectacle énergisant, électrisant, qui fait vibrer autant qu’il hypnotise. 

Sur le plateau, huit danseurs vêtus de jeans, de tshirts et de chemises dans un camaïeu de gris-bleu. Très peu d’accessoires : une plante verte, deux balles noires, une chaise Knoll, un pardessus, une paire de chaussures. En fond de scène, sur une estrade, deux batteries derrière lesquelles se trouvent deux musiciens au physique de métalleux, cheveux longs et dreadlocks. Une ambiance essentiellement masculine – pour un spectacle qui remet au centre du propos la dualité féminine / masculine des danseurs.

Car la troupe forme un ensemble de corps et de présences qui accepte à la fois la puissante virilité qui est l’attribut du masculin, et la grâce légère qui est celle du féminin. Barbes et cheveux longs ou visage de jeune homme pubère, ils forment tour à tour des solos, des duos, des trios qui leur permettent de mettre leur corps au contact de celui de l’autre comme pour mieux éprouver sa propre matérialité. Le mouvement de l’un entraîne peu à peu tous les autres, qui ne semblent pas pouvoir résister à cet appel du groupe à entrer dans la danse. Entre rite tribal, danse folklorique, voire même danse de salon, cette primeur du groupe sur l’individu rend chaque mouvement encore plus envoûtant, ce que soulignent les rythmes entêtants des deux batteurs, Didier Ambact et Kong Q4.

Avec un jeu de lumières somptueux, qui crée une ambiance blafarde, l’atmosphère de la pièce devient lente malgré la rapidité du mouvement, comme pour nous transporter dans un autre monde et plonger le public dans une transe jouissive. Rizzo repart ainsi à l’origine du monde et de la danse pour livrer une pièce extrêmement personnelle, qui reste longtemps gravée dans l’esprit. Le public de l’Opéra de Lille a applaudi la troupe avec ferveur et reconnaissance. Un bel instant de communion pour récompenser une troupe qui, d’après les mots de Rizzo avant le début du spectacle, a choisi de rencontrer le public plutôt que de faire grève, pour rappeler l’urgence de la situation des intermittents du spectacle.

Photo : © Marc Domage

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Audrey Chaix
Professionnelle de la communication, Audrey a fait des études d'anglais et de communication à la Sorbonne et au CELSA avant de partir vivre à Lille. Passionnée par le spectacle vivant, en particulier le théâtre, mais aussi la danse ou l'opéra, elle écume les salles de spectacle de part et d'autre de la frontière franco-belgo-britannique. @audreyvchaix photo : maxime dufour photographies.

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