Danse
Cinédanse : Stuart Sherman, auteur de spectacles et de films

Cinédanse : Stuart Sherman, auteur de spectacles et de films

27 septembre 2021 | PAR Nicolas Villodre

Il nous a semblé important d’évoquer l’œuvre de Stuart Sherman (1945-2001), disparu il y a vingt ans, presque jour pour jour, un artiste singulier dans le domaine de ce qu’il est convenu d’appeler la « performance », mais également dans ceux des arts plastiques, de la poésie, de l’humour et du cinéma. 

Non-acteur

D’après Dominique Noguez, Stuart Sherman a, dans les années 60, fréquenté la romancière Carson McCullers, le groupe Fluxus, la compagnie Ridiculous Theater de Charles Ludlam, un militant de la cause homosexuelle avant d’intégrer un certain temps l’Ontological Hysteric Theater de Richard Foreman. Il mettra d’ailleurs lui-même en scène ce dernier dans son Second Spectacle (1976). Foreman reconnaît n’avoir pas spécialement apprécié de se voir dirigé dans l’excellent documentaire de l’Anglais Robin Deacon, Spectacle, A Portrait of Stuart Sherman (2015). Anthony Howell, l’auteur de The Analysis of Performance Art, déclare n’avoir jamais vu autant de choses se produire en si peu de temps que dans une pièce de Sherman. Il note dans sa méthode « un principe d’organisation, un sens de la relation d’objets jamais vue, jamais expérimentée auparavant ». Richard Foreman considère rétrospectivement que Sherman était un non-acteur.

Et il est vrai que ses mises en scène théâtrales, dont Deacon présente des morceaux choisis, nous convainquent moins que les pièces dont il était à la fois l’auteur, le scénographe et l’interprète qu’il préférait d’ailleurs qualifier de « spectacles » plutôt que de « performances ». Pour lui, le spectacle devait continuer, naturellement avec des moyens autres que ceux du théâtre représentatif. Il employait le mot spectacle avec dérision (celui-ci désignant en anglais de grandioses productions, des shows à l’américaine, des blockbusters), et signifiant aussi, au pluriel, « lunettes » (convenant parfaitement au travail purement visuel qui caractérise son style, les bésicles faisant partie de ses accessoires récurrents). Même si Sherman a eu pour disciples Pascale Murtin et François Hiffler (Grand Magasin), qui analysent le langage parlé, ce « bonimenteur silencieux » (Noguez) a préféré manier les choses plutôt que les mots.

Anti-cinéaste

Ses films lui ressemblent. Ils sont comme ses pièces, percutants, énigmatiques, « saugrenus » et « de forme brève ». À titre d’exemple, Noguez en cite quelques-uns : Scotty and Stuart (1977), Skating (1978), Golf Film (1982), Fish Story (1983). Grâce à Bénédicte Pesle à laquelle il rendit hommage dans un opus de 1984, Sherman fut invité au Festival d’Automne dès 1979. Il tourna en Europe, tel un voyageur de commerce muni d’une petite valise en skaï bourrée d’objets quotidiens, de jouets en matière plastique et d’articles de farces et attrapes. Sans oublier sa console pliable de camelot mutique. Il revint régulièrement en France pour se produire en solo ou pour projeter ses films à Beaubourg, du temps de Jean-Michel Bouhours, au Ciné-club Saint-Charles de Dominique Noguez et à la Cinémathèque de la Danse fondée par Patrick Bensard au sein de la Cinémathèque Française. À New York, l’Anthology Film Archives a préservé et projeté ses courts métrages que, par ailleurs, Electronic Arts Intermix diffuse en support numérique.

Plus que la métaphore évoquée par Bérénice Reynaud, la critique qui, la première, parla de l’œuvre de Sherman, il nous semble que la figure rhétorique dont il use le plus souvent dans ses films est la métonymie. Ainsi, par exemple, dans son film avec Scotty (par ailleurs une des actrices fétiches de Bob Wilson), le verre d’eau du premier plan annonce la séquence au bord de la mer (le film étant plus narratif qu’à l’accoutumée). Dans Tree Film (1978), le réalisateur use de la synecdoque quand il prend la branche pour l’arbre. Dans Typewriting (Pertaining to Stefan Brecht) (1982), le son de la machine à écrire renvoie à une œuvre rêvée, inachevée, voire jamais écrite. Dans Golf Film, la parabole de la balle est associée à celle du point se déplaçant dans les sous-titres des chansons filmées dans les clips d’avant-guerre. Dans Eating (1986), la bouche largement ouverte de Sherman filmé dans sa cuisine suggère des plats jamais montrés, énoncés en voix off. 

Visuel : Denise Luccioni, Stuart Sherman et Dominique Noguez à l’entrée de la Cinémathèque Française dans les jardins de Chaillot en 1984 © Nicolas Villodre

Agnès Limbos face à la répétition infernale des féminicides
Steve Krief sur la soirée de rentrée du Ciné Club et du Catskills Comedy by JEM du 05/10 : « C’est une vraie école de savoir faire rire »
Nicolas Villodre

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Soutenez Toute La Culture