Danse

[Avignon] « Qaddish », et la mémoire devint danse dans les pas de Qudus Onikeku

[Avignon] « Qaddish », et la mémoire devint danse dans les pas de Qudus Onikeku

09 juillet 2013 | PAR Amelie Blaustein Niddam

[rating=5]
w_qaddish__qudus_onikeku_(c)_christophe_raynault_de_lage__festival_davignon_2736Qudus Onikeku est un virtuose, ce danseur acrobate est artiste associé au Parc de la Villette en 2013. Pour le festival d’Avignon il crée Qaddish, le dernier volet d’une trilogie ouverte par My Exile is in my Head et prolongée par STILL/life.

Dans un entretien donné à Renan Benyamina pour le Festival d’Avignon, Qudus Onikeku raconte : « Pour QADDISH, j’ai décidé de travailler sur l’idée de mémoire, de généalogie et de tradition. L’histoire du Nigeria, ou plutôt l’histoire officielle du Nigeria telle qu’on peut la lire dans les manuels scolaires, m’interroge beaucoup. Le Nigeria que l’on connaît a moins de cent ans : il existe depuis 1914, date à laquelle le Britannique Frederick Lugard unifia deux territoires, le Nigeria du Nord et le Nigeria du Sud, dans la nouvelle colonie du Nigeria. La formation de celle-ci résultait de transactions commerciales, dont je ressens, dans mon corps, qu’elles ne sont pas mon histoire. »
Sur scène, le plateau est barré d’un grand panneau courbe qui se révélera transparent et support aux mots. Derrière cet espace, une soprano, un comédien, un guitariste et un violoncelliste vont accompagner les pas et les sauts de ce danseur de génie. Il vole, il n’y a pas d’autre mot et retombe sur ses pattes, lui qui commencera le spectacle en apprenant à marcher nous fait entrer dans ses mythes.
Comme pour Shéda, le spectacle de Dieudonné Niangouna, il y a cette idée forte d’une relation ténue entre les morts et les vivants. Ici, il nous invite à honorer la mémoire de son père avant qu’il ne parte. L’homme est absent, il est figuré par un fauteuil roulant semblant être habité par les sorciers.
Qudus Onikeku invite les mots à jaillir, à envahir le décor. Cela dans une parole bienveillante, dite par le récitant, Emil Abossolo Mbo, qui assène un message d’amour et de paix. Le danseur ne cherche pas le rythme, la voix de Valentina Coladonato, cristalline, fait retentir la prière des endeuillés dans le judaïsme, en hébreu, le Kaddish, ici, dépouillé de toute liturgie. C’est un hymne universel qui est présenté dans les notes classiques de Ravel : une voix et un violoncelle.
La danse est éblouissante et nous emmène dans sa mémoire, jusqu’au corps même de son père dont il veut être habité. Il transcende le plateau et la magie, une fois de plus fait son effet. Il nous fait voyager dans le temps, avant la colonisation, dans un geste physique extrêmement engagé.

Coup de cœur.

Voir tout les articles de notre dossier Festival d’Avignon ici

Visuel : QADDISH – Qudus Onikeku – © Christophe Raynault de Lage / Festival d’Avignon

Infos pratiques

Festival en Othe
Urbaka
festival_davignon

One thought on “[Avignon] « Qaddish », et la mémoire devint danse dans les pas de Qudus Onikeku”

Commentaire(s)

  • Effectivement Qudus Onikeku est plus qu’un danseur, c’est un voltigeur ! Je n’ai pu hélas assisté à son dernier spectacle mais je connais bien ce danseur d’exception. Le thème abordé sur la culture racial du Nigeria est très bien pensé. Le festival d’Avignon nous présente une fois de plus un spectacle de danse d’une grande qualité.

    juillet 22, 2013 at 13 h 47 min

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *