Danse
Antigone très en voguing au Festival d’Automne

Antigone très en voguing au Festival d’Automne

27 septembre 2013 | PAR Franck Jacquet

Dans le cadre du Festival d’Automne, le chorégraphe Trajal Harrell propose au Centre Pompidou une réinterprétation particulièrement riche du mythe en faisant se rencontrer vogue dance, danse postmoderne, tragédie et monde de la mode. Le tout emballe autant qu’il déroute. Tout commence par une confrontation imaginée : que se passerait-il si le voguing des années 1960 à Harlem rencontrait Hudson Church et la danse postmoderne ?

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Qu’on se le dise, le voguing est le principe qui anime et actualise l’Antigone tragique. Les motifs principaux sont repris et restructurés, ré-agencés. Au fil de défilés de mode mimés parfois jusqu’à la pantomime, écart assumé au voguing « classique », les quatre danseurs livrent le mythe sous une forme aussi tragique que ridicule. Ismène confesse ainsi au micro sur un ton gras de confession téléréalité que décidément, « ouais, enterrer mon frère malgré Créon, ch’pense qu’c’est pas une bonne idée, ouais tu sais… ». Antigone est jouée par le chorégraphe lui-même. Le propos, réjouissant et éclaté en plusieurs scènes de tailles différentes (on notera les jeux de mots insistants…), permet d’aborder un voguing désacralisé et accessible, loin de la hype du sérail qui l’engonce aujourd’hui dans une posture toute classique.
Qu’en retient-on ? Les personnages se déhanchent en mode bachique pendant deux heures sur fond d’airs pop et cassent l’espace aussi bien sur scène que dans le public et les travées, cherchant l’adhésion et suscitant la participation pour finir en concert « improvisé ». Ces divas, autant de personnages idéaux typiques, s’affrontent sur la scène, les podiums ou même par la chanson électro-pop sur talons aiguilles et en se jouant des codes du défilé haute couture. Le climax ? La rivalité chantée et dansée par une Eurydice aux jambes interminables (on le/la jalouse) miaulant son attente d’amour alors que finissent par se tordre au sol dans des convulsions retenues les autres personnages confrontés au mur du tragique. Le passage électrise la salle et forme donc ce moment central. Le fatum, destin du tragique, pourra bien être reporté en fin de spectacle.
Un petit regret, la stéréotypie à laquelle il est fait référence est parfois plus révérence que détournement, objectif pourtant affiché du spectacle. On est emballé, objectivement quelques membres du public un peu moins…

Le spectacle, proche des expressions de François Chaignaud et Cécilia Bengolea, lie quasi systématiquement les ondulations du corps au sexe, à deux ou plus, dans un genre ou un autre, via une homosexualité omniprésente et ce par un travestissement systématique. Au final, l’ensemble séduit et ce d’autant plus que le dispositif impose au spectateur de longs passages forçant à se plonger dans l’univers de cette Antigone diva des plateaux.

Teaser

Visuel affiche : (c) SR

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centrepompidou

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