Danse
Adolescent au Théâtre Malakoff : le noviciat selon Groud et Pétrovitch

Adolescent au Théâtre Malakoff : le noviciat selon Groud et Pétrovitch

29 janvier 2022 | PAR Nicolas Villodre

Tout ici est réussi. Aussi bien la danse que le dessin. Le dessein comme son incarnation sur scène par dix interprètes, la part féminine, cette fois, étant majoritaire, portant beau sous-vêtements virginaux, évoluant devant des silhouettes pop gonflées à bloc, mus par une B.O. électro-acoustique, valorisés par les artifices lumineux. L’audience de tout âge convoquée par le théâtre malakovite a donc logiquement applaudi cette pièce créée en 2019 bonnement intitulée Adolescent

Je suis l’olympien, je suis le musagète

Pour traduire par l’art de Terpsichore le « rite de passage entre l’enfance et l’âge adulte », Sylvain Groud a opté pour une forme apollonienne dosant et variant chaque composant théâtral avec mesure, clarté, discernement. La blancheur est donc de rigueur, si l’on peut dire, dans la boîte noire. Que ce soit du sol au plafond ou du PVC aux cintres. De la cotonnade des shorts et T-shirts unisexes des danseurs designés par Françoise Pétrovitch à ses toiles peintes faisant office de rideaux d’arrière et d’avant-scène. Sans parler de l’éclairage prédominant décidé par Michaël Dez.

Groud s’est fait assister à la chorégraphie par Agnès Canova. Les dix interprètes engagés (engagés à fond dans l’entreprise, contribuant pleinement au travail de composition) méritent d’être mentionnés : Marie Bugnon, Pierre Chauvin-Brunet, Mathilde Delval, Léa Deschaintres, Alexandre Goyer, Alexis Hedouin, Julie Koenig, Lauriane Madelaine, Adélie Marck, Julien Raso. Les plages et nappes musicales de Molécule (alias Romain De La Haye) fixent les différentes séquences ou parties de l’opus.

Il a deux trous rouges au côté droit

Les éléments représentatifs et les effets choraux qui, d’habitude, sont un peu trop appuyés pour nous, y compris dans la danse contemporaine, sont dans cette pièce heureusement limités au strict minimum : à des regards, à des caresses, à des bousculades échangés entre protagonistes. Ainsi qu’à des poses et des postures censées caractériser l’état d’adulescence : bouderie, indifférence, mutisme ou, au contraire, petits cris animaliers, sautes d’humeur, emportements. Si la dramaturgie n’est pas totalement absente, elle fait place, ce qu’il faut, comme il se doit, joliment, à la danse.

Une danse qui ne cherche pas à être « in » comme certains ballets béjartiens (on pense à Messe pour le temps présent, 1967, avec son jerk dionysiaque « Psyché Rock » signé Pierre Henry et Michel Colombier) ou jeuniste comme un paquet de pièces récentes ayant pour sujet le ballroom ou le dancefloor. Qui n’est pas une étude sociologique comme le documentaire Adolescentes (2019) de Sébastien Lifshitz. Si référence cinématographique il y a, ce serait plutôt à un film comme celui de Xavier Dolan, Matthias et Maxime (2019), où le visage du héros se colore de plus en plus au fur des plans d’une tache de vin, « marque de vulnérabilité » selon l’acteur-réalisateur. Celle de la tunique sanglante d’Apollon, selon Jean Cocteau.

Visuel : Adolescent © Frédéric Iovino.

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