Danse
Adi Boutrous en demi-teinte au Théâtre de la Ville

Adi Boutrous en demi-teinte au Théâtre de la Ville

14 octobre 2020 | PAR Maëlle Polsinelli

Au Théâtre de la Ville, Adi Boutrous met en scène « One more thing » et danse dans un quatuor magnétique mais parfois réservé. A 18 ans, Adi Boutrous commence véritablement à danser, à l’âge ou la plupart des danseurs terminent leurs formations et rejoignent des compagnies. Fort de ce parcours atypique, le chorégraphe propose, dix ans plus tard, cette création singulière et expérimentale. 

Quatre trentenaires, (incarnés par Adi Boutrous, Ariel Gelbart, Jeremy Alberge et Uri Dicker) sont en cercle, tous vêtus d’un t-shirt et d’un pantalon de pêcheur, et se tiennent la main assis parterre dans un décor nu. Nu, ces hommes le paraissent aussi. Et justement, ils sont habillés. Nul besoin de montrer lorsque l’on est capable de suggérer, et ils y parviennent avec beaucoup de justesse : la force, la bestialité dans leurs étreintes – car ils s’étreignent beaucoup, se renversent, se soutiennent, se bousculent – les met à nu ; ils donnent tout et se dévoilent. Leurs pantalons sont trempés de l’énergie qu’ils donnent, de la masculinité dont ils veulent se débarrasser.

Une réflexion timide 

Car justement, nous dit Adi Boutrous dans un entretien accordé au Théâtre de la Ville : « cette performance en quatuor est l’occasion d’interroger la masculinité et le rite de passage. « 

L’aurions-nous compris sans l’avoir lu ? Quelques éléments de cette réflexion se glissent ça et là, lorsqu’ils dansent notamment sur une musique chantée en swahili. Leurs gestes sont répétitifs, quasi métronomiques et fulgurants, ritualisés, donc. Mais quid du questionnement de la masculinité ? Les hommes se bousculent, certes, se courent après parfois comme pour rappeler cette course d’égo souvent associée au mystérieux mot de virilité. Mais il nous semble manquer une véritable histoire à cette réflexion qui n’intervient que comme des éructations de la pensée.

Et justement, la difficulté que nous éprouvons à entendre un message clair est étroitement liée – si ce n’est qu’elle en émane – à un manque de précision que l’on perçoit dans leur jeu de dissonance et de répétition. Le quatuor danse souvent en duo, mais l’effet de miroir n’aura pas lieu. Il y a un décalage de quelques secondes entre leurs danses pourtant identiques qui, s’il se réapproprie évidemment le langage de Fase (1982), ne l’exprime pas avec autant de prodige. Leur dissonance semble davantage subie que choisie, de même que pour les nombreuses répétitions qui ponctuent la chorégraphie. A maintes reprises donc, leurs quatre corps s’entremêlent pour former un nœud, se dénoue, l’un est en poirier soutenu par les trois autres. La répétition de ce geste à peine modifié, chère à Alessandro Sciaronni, toujours hypnotique et enivrant, n’a ici pas l’écho d’un chant de sirène.

Une danse sur canevas 

Pour autant, certains tableaux sont particulièrement sensibles. Il est en effet question de tableau, lorsque le trio se tient dans un coin de la salle : l’un a la tête renversée et est tenu par les deux autres. Le premier à la bouche ouverte, le regard froid, l’expression vide. Il semble pétrifié, presque mort, comme Holopherne décapité par Judith. Cet instant est Caravagesque. Tout y est : le jeu de lumières, la stupéfaction, la froideur presque enjôleuse. Malgré la retenue que l’on regrette tant ils semblent avoir de choses à dire – et que l’on perçoit dans ces instants d’une esthétique très puissante – Adi Boutrous offre un agréable moment expérimental.

Crédit visuel : © Logo du théâtre 

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