Danse

A la Grande Halle de la Villette, une « Giselle » très sommaire de Dada Masilo

A la Grande Halle de la Villette, une « Giselle » très sommaire de Dada Masilo

22 décembre 2018 | PAR Raphaël de Gubernatis

Une Giselle vengeresse en butte aux moqueries de ses compagnons

La Sud-Africaine Dada Masilo serait-elle l’auteur, l’autrice, d’une unique réussite ?
Celle d’un « Lac des Cygnes » (2010) africanisé, déjanté et ravageur qui avait suscité un légitime enthousiaste auprès du public européen et qui avait soulevé un vaste élan de sympathie envers cette jeune femme énergique, drôle et pétulante, entourée de ses camarades d’Afrique du Sud, jeunes danseurs plein de vie et d’enthousiasme qui brûlaient les planches.

Relectures décevantes

Car ensuite, du même auteur, également interprète des rôles titres, on a découvert en Europe une « Carmen » (2009) d’une vulgarité confondante, dépourvue d’intérêt dramatique, mal construite sur un livret trop faible.
Et aujourd’hui une « Giselle » (2017) insipide, désolante sur le plan théâtral comme sur le plan chorégraphique,
Dada Masilo s’est donc fait une spécialité de la relecture de thèmes du répertoire. Mais les colorer d’une touche sud-africaine et prétendre leur donner une dimension baptisée « féministe » en soulignant à juste titre le rôle négatif des héros masculins, ne suffit pas à donner de la consistance à une relecture qui se veut iconoclaste. Il faut savoir établir un livret solide sur lequel construire une chorégraphie structurée et originale. Et c’est bien là que le bât blesse…

La nuit dans les forêts solitaires

Du ballet phare de l’époque romantique, le jeune Sud Africaine ne conserve que l’essentiel de l’histoire : l’amour impossible d’une jeune fille de village pour un homme d’un tout autre statut social que le sien, engagé de surcroît avec une autre femme ; la mort soudaine de la jeune villageoise, devenue folle de douleur en découvrant la réalité, et sa métamorphose en willi, c’est à dire en créature spectrale condamnée à danser la nuit dans les forêts solitaires.
Dada Masilo a évacué la partition d’Adolphe Adam, parfois un peu mièvre, mais cependant très lyrique et parfaitement efficace, pour s’appuyer sur la musique sans grand caractère d’un compatriote. Et alors que la Giselle romantique, devenue spectre, lutte pour sauver son aimé tombé sous l’emprise mortelle des willis, la danseuse sud-africaine, elle, fait de sa Giselle un esprit vengeur qui précipite dans le trépas celui qui l’a trompée.

Eternelles sacrifiées

Il est heureux que Dada Masilo, en s’attaquant à « Giselle », l’emblème du ballet romantique, ait voulu, en tant que femme de son temps et en tant qu’Africaine, en réévaluer le sens. Mais ce procédé dont elle a usé dans « Carmen » ou dans « Roméo et Juliette » est une fois encore un peu court, car elle substitue à des drames élaborés, à des personnages complexes, tout en nuances, des livrets simplistes et des figures dénuées de subtilité. Il est bon de vouloir renverser une histoire en faveur des héroïnes féminines qui sont les éternelles sacrifiées du répertoire. Encore faut-il, pour être convaincant, conférer de la véracité et de l’épaisseur à ses personnages revus et corrigés. Dada Masilo simplifie tout à outrance, comme si elle griffonnait à la hâte de nouveaux synopsis. Et à des héros aux caractères simplistes, elle offre une gestuelle de la même eau : basées sur des livrets confus, ses chorégraphies se révèlent ainsi sommaires et dépourvues d’éloquence. A l’exception de l’apparition des willis, lors de la seconde partie de l’ouvrage, seul instant un peu musclé sur le plan théâtral de cette « Giselle », rien du travail de Dada Masilo ne retient réellement l’attention. C’est beaucoup de va et vient, beaucoup de bruit pour peu de chose. Dada Masilo donne dans une agitation frénétique comme d’autres, n’ayant pas grand-chose à dire, croient masquer le vide de leur propos, en gueulant très fort leurs imprécations. Avec çà, on ne va pas loin. Et le travail de Dada Masilo se révèle désormais comme le fruit de procédés faciles dont on a bien vite fait le tour.

Dada Masilo
Giselle
du 18 au 21 décembre 2018

Grande Halle

à partir de 10€

durée : 1h10

Raphaël de Gubernatis

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Raphaël de Gubernatis

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