Comédie musicale

« Un américain à Paris » : liberté, brio et beauté au programme de la création du Châtelet

« Un américain à Paris » : liberté, brio et beauté au programme de la création du Châtelet

11 décembre 2014 | PAR Yaël Hirsch

La création mondiale de la comédie musicale Un américain à Paris, d’après le film classique et culte de Vincente Minelli est l’un des grands événements culturels de ce mois de décembre. Dans une mise en scène magique imaginée par le chorégraphe anglais Christopher Wheeldon à Paris avant de se donner à Broadway, cet Américain à Paris célèbre à la fois la ville lumière et les gratte-ciels et marque l’avènement du Châtelet comme l’un des foyers les plus illustres de la comédie musicale. Un régal !

[rating=5]

Structuré en deux parties impeccablement équilibrées (1h20 & 1h10), le livret de Craig Lucas étire avec talent le film de Minelli (1h53) en deux directions : d’abord il recule légèrement le film (1949) en 1945 à la Libération et crée les personnages des parents adoptifs de l’héroïne, « Liza » Lise Dassin (Leanne Cope, merveilleuse), pour donner un caractère plus dramatique à l’intrigue. Et ensuite, dans l’esprit du film, il fait la part belle à la danse avec notamment un ballet entier, parachèvement du travail de cette héroïne, en bouquet final dans la deuxième partie.

Dès le lever du rideau, le coup de feu esthétique et la grâce du tempo sont donnés : c’est la libération, des drapeaux nazis flottent, vite remplacés par les trois couleurs de la France, par une projection sur le film ondulant du tissu voletant à travers la scène… On sait déjà qu’on va passer trois heures de pure beauté quand la foule se met en place et on est à la fois au cœur d’une chanson de Piaf et dans la légèreté de décors où les objets valsent et tournent pour créer des univers à la fois réalistes et féeriques.

Les trois héros : deux artistes américains et un héritier français se mettent en place tandis que Lise quitte son travail aux Galeries Lafayette pour tenter sa chance comme danseuse à l’opéra de Paris. Coup de chance, une riche héritière américaine, Milo Davenport (Jill Palce, sensuelle et charismatique) a décidé d’aider des jeunes artistes et commande une pièce où participent aussi deux artistes américains : le pianiste Adam Hochberg (Brandon Uranowitz, émouvant) et le peintre Jerry Mulligan (Robert Fairchild élastique et incandescent en héritier de Gene Kelly). Alors que la fantasque mécène tombe amoureuse du peintre, Jerry, ce dernier jette son dévolu sur l’étoile, Lise, à qui il donne rendez-vous chaque après-midi sur les quais…

Dans des changements de décors qui semblent eux-mêmes créer le mouvement, la comédie musicale se poursuit inexorablement vers le triomphe de l’amour unique, du grand amour, entre deux métropoles du 20ème siècle… A la fois parfaitement structuré et pensé (les dialogues sont d’une finesse infinie, les numéros de danse inspirés de Balanchine sont à couper le souffle, les acteurs-chanteurs-danseurs sont incroyables, même quand ils font semblant d’avoir le trac (mention spéciale à Max von Essen), cet Américain à Paris ne perd jamais le sens du rêve et du somptueux. Rêve grandiose de petit garçon ultra-sensible et cultivé, la mise en scène de Christopher Wheeldon est à couper le souffle. Elle est d’autant plus bluffante qu’elle croise les références culturelles (Paris/ New-York), temporelles (la Lost Generation, la guerre, la Libération) et esthétiques (Malevitch, Picasso & Mondrian) avec une aisance et un tact infinis.

Côté musique, le métissage fonctionne avec la même maestria : on retrouve des grands classiques du jazz Américain du film (« Te man I love »)et d’ailleurs (« All of me »), mais on se laisse aussi bercer dans une certaine abstraction gerschwinienne avec délices.

Le résultat est à la fois très classique et d’avant-garde, issu d’un conte de fée et apte à plaire aux adultes les plus exigeants. Un moment magique et une création qui fera date, plaçant le Châtelet à l’avant-scène de la comédie musicale.

visuel : ©Angela Sterling (Robbert Fairchild : Jerry, Leanne Cope : Lise)

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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