Comédie musicale

Singin’ in the Rain : claquettes et paillettes sous la nef du Grand Palais

Singin’ in the Rain : claquettes et paillettes sous la nef du Grand Palais

10 décembre 2017 | PAR Audrey Chaix

Après sa création au Théâtre du Châtelet en 2015, il fallait un nouvel écrin à la comédie musicale pour cette reprise pendant les travaux dans la célèbre salle parisienne : ce n’est rien de moins que la nef du Grand Palais qui accueille, du 28 novembre 2017 au 11 janvier, le virevoltant spectacle adapté du film mythique de Stanley Donen et Gene Kelly. L’histoire, s’il faut encore le rappeler, est celle du passage de l’industrie hollywoodienne de l’âge d’or du cinéma muet à la grande innovation des « talkies », à la fin des années 1920. Don Lockwood (Dan Burton) et Lina Lamont (Emma Kate Nelson) sont des stars du cinéma muet. Face au succès du premier film parlant, The Jazz Singer, les voilà contraints d’apprendre à parler et à chanter devant la caméra. Si la transition est facile pour Don, elle est moins évidente pour Lina, dont la voix de crécelle ne correspond pas à son physique de rêve. Et la jalousie qu’elle entretient à l’égard de Kathy Selden, jeune femme au naturel joyeux et spontané dont Don tombe rapidement amoureux, n’arrange pas les choses…

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Après avoir offert une somptueuse production de My Fair Lady aux spectateurs parisiens (et quantité de succès au reste du monde), Robert Carsen revient au Théâtre du Châtelet avec une adaptation qui réussit le pari de rester fidèle au film de Donen et Kelly, tout en y apposant sa patte et son regard. Car il a bien compris que les spectateurs qui se massent aux portes du Grand Palais chaque soir viennent avant tout retrouver la joie ressentie devant chaque visionnage de Chantons sous la pluie, avec ses chansons entraînantes et ses numéros de claquette endiablés. Mais il ne s’agit pas ici de transposer le film sur les planches, et c’est en s’appropriant les décors (créés par Tim Hatley) et les costumes (dessinés par Anthony Powell) que Carsen innove. Dans un décor qui reste sobre pour une production de ce genre, où le plancher est à l’honneur, les costumes jouent sur une palette piochant principalement dans le noir et le blanc, comme pour rappeler les deux couleurs dominantes du cinéma de l’époque. Seule la scène du ballet de Broadway est vivement colorée, avec un jaune éclatant et une pluie de paillettes – c’est la scène de la modernité, celle qui introduit la nouveauté des numéros de claquettes sur grand écran dans le film The Dancing Cavalier que les protagonistes sont en train de tourner. Pour le reste, là où le film de 1952 misait tout sur le technicolor et ses couleurs bigarrées, la production de Robert Carsen signe une mise en scène pleine d’élégance, rendant hommage au cinéma en noir et blanc.

La distribution relève également le défi haut la main. Largement britannique, elle regroupe des comédiens qui sont formés aussi bien à la danse, au chant qu’au théâtre. Dan Burton incarne Don Lockwood avec gouaille et assurance, et son sourire ravageur parvient (presque !) à faire oublier Gene Kelly. Daniel Crossley s’empare avec bonheur du rôle de Cosmo Brown, le compère blagueur de Lockwood, et Monique Young est une charmante Kathy Selden. Mention spéciale, cependant, pour Emma Kate Nelson, qui interprète Lina Lamont et sa voix haut perchée avec saveur, et pour Jennie Dale, qui endosse à la fois le rôle de Dora Bailey, la journaliste mondaine qui couvre les premières de cinéma, et surtout celui du professeur de diction, scène hilarante qui donne lieu au fameux duo Moses Supposes His Toeses Are Roses – devenu un trio dans cette production.

Petits et grands se régalent donc dans la nef du Grand Palais – décor somptueux, certes, mais qui se fait vite oublier dès que les lumières s’éteignent. Pas un faux pas dans ce Singin’ in the Rain, jusqu’à la scène finale, qui enchante le public avec un déluge sur la scène, une troupe vêtue de cirés jaunes, de bottes assorties, et arborant un arc-en-ciel de parapluies. Dans la fosse, l’orchestre Pasdeloup, dirigé par Gareth Valentine, confirme ce que l’on sait déjà depuis plusieurs saisons que le Théâtre du Châtelet s’emploie à produire des musicals : il excelle à la chose. Une fois les lumières rallumées, on sort de la salle le sourire aux lèvres, les chansons de Singin’ in the Rain dans la tête – et avec une furieuse envie de revoir une énième fois le film…

Photos : © Théâtre du Châtelet, Marie-Noëlle Robert et Vincent Pontet

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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