Comédie musicale

MISTINGUETT, REINE DES ANNEES FOLLES: QUAND TROP D’IMPERFECTIONS TUENT L’EMOTION

MISTINGUETT, REINE DES ANNEES FOLLES: QUAND TROP D’IMPERFECTIONS TUENT L’EMOTION

27 décembre 2014 | PAR La Rédaction

 

Après « Les 10 commandements », « Le Roi Soleil » ou encore « Mozart, l’Opéra Rock », le producteur Albert Cohen revient avec « Mistinguett, Reine des années folles » au Casino de Paris jusqu’au 11 janvier. Véritable mise en abîme, cette comédie musicale suit Mistinguett, célèbre meneuse de revue des années 20, à toutes les étapes de la création d’une revue de Music-hall au Casino de Paris jusqu’au lever de rideau et la fameuse descente des marches. Tous les ingrédients d’un show réussi sont réunis (casting talentueux, chansons entêtantes aux paroles excellentes) et pourtant pas un frisson, pas une émotion ne sont provoqués par cette troupe qui après 66 représentations semble réciter une leçon mal apprise.

 

 

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On considère souvent que de l’imperfection naît l’émotion car l’imperfection c’est notre humanité. Alors dans les erreurs, les failles, les vulnérabilités on se retrouve les uns et les autres et on partage, on communie, on s’attendrit de voir en l’autre nos propres fêlures. Et c’est le personnage principal lui-même qui l’exprime dans sa chanson « C’est vrai » : « On dit que j’ai la voix qui traîne en chantant des rengaines c’est vrai, (…) on dit que j’ai le nez en trompette mais je ne serai pas Mistinguett si je n’étais pas comme ça ! ».
Et bien « Mistinguett, Reine des années folles » est bien la preuve que dans une comédie musicale, pas de place à la voix qui déraille ou à un ballet non synchronisé car cette imperfection devient insécurité, perplexité, gêne… et empêche le public de lâcher prise et de vibrer à l’écoute de belles mélodies.

Dès la première scène, on découvre Carmen Maria Vega (Mistinguett) perchée sur d’immenses talons et qui fébrile manque de tomber à chaque déplacement. S’en suit une scène d’ensemble menée par le metteur en scène de Mistinguett, Jacques Charles (Cyril Romoli), faussement improvisée, puisque ce dernier a dû entrer en scène à la place de la meneuse de revue in extremis. Des maladresses, des faussetés, peut-être maîtrisées par le comédien, laissent le spectateur perplexe et inquiet pour la suite. Le reste du spectacle retrace la création d’un show avec ses répétitions, ses essayages… Il y a donc des scènes où les danseurs ne sont pas ensemble et c’est normal. Le problème c’est quand on ne sait plus s’ils répètent ou s’ils jouent, car même en dehors des « répétitions », quelques petits problèmes de synchronisation déstabilisent.
Ce n’est qu’à la toute fin du spectacle, pendant les saluts, qu’on finit par ressentir l’énergie de cette troupe qui danse, virevolte et s’amuse. Les danseurs exultent dans des figures acrobatiques, les chanteurs improvisent des harmonies vibrantes, comme Fabian Richard (dans le rôle de Scipion, le voyou) qui montre toute l’étendue de son talent et dont on aurait aimé entendre toute la puissance pendant ses solos. Et enfin, quelques notes jouées au saxophone dans le public arracheront ces frissons que l’on attendait tant.

Et c’est vraiment dommage car on sent tout de même qu’on n’est pas loin d’un très bon spectacle musical. Les costumes années 20 et les décors Art déco sont beaux. Les voix sont bonnes. Carmen Maria Vega a une belle présence et un style comique à la Florence Foresti très plaisant. Et surtout, les chansons sont de très bonne qualité avec des paroles riches et intelligentes écrites par Vincent Baguian et des mélodies entêtantes qu’on a envie d’écouter en rentrant chez soi. La chanson la plus célèbre de Mistinguett, « Mon homme », est très bien adaptée et offre un très bon mélange entre swing et pop. On peut également entendre deux compositions originales qui sont de véritables tubes en puissance : « Oser les larmes » à la basse envoûtante, absolument magnifique, ou encore « Con-Vain-Cu » à la sensualité farouche et au rythme très rock. A écouter en boucle.

Marie Aveillan

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